Aquaculture: l’antibiorésistance se moque des frontières

Le 29 octobre 2014 par Romain Loury
> 
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
L'aquaculture, source d'antibiorésistance
L'aquaculture, source d'antibiorésistance
DR

En matière d’élevage, les animaux terrestres ne sont pas les seules sources d’antibiorésistance: l’aquaculture recourt aussi largement aux antibiotiques. Et ce aussi bien dans les pays asiatiques, où le sujet est peu régulé, que dans les pays du Nord, révèle une étude publiée dans le Journal of Hazardous Materials.

Estimée à 83 millions de tonnes par an, l’aquaculture mondiale constitue désormais 40% de notre alimentation en produits de la mer, contre seulement 4% en 1970. Une solution à la surpêche, certes, mais aussi une pollution additionnelle pour la mer, notamment en termes de déchets.

En surdensité, les poissons sont plus à risque de maladies, ce qui pousse les producteurs à avoir la main lourde sur les antibiotiques. Le problème est d’autant plus important que les grands pays producteurs, ceux d’Asie du Sud-est, disposent d’une faible réglementation quant à l’usage des antibiotiques.

Mais les producteurs du Nord ne sont pas hors de tout reproche, révèlent les travaux publiés par deux chercheurs de l’université d’Etat de l’Arizona. Cette étude, la plus large à ce jour à avoir évalué la présence d’antibiotiques dans des produits d’aquaculture, a porté sur 27 échantillons issus de 11 pays, représentant 6 espèces: crevette, saumon, poisson-chat, truite, tilapia et panga.

47 antibiotiques étaient analysés et 5 souvent retrouvés, dont l’oxytétracycline, médicament le plus fréquent en aquaculture, notamment dans les pays du Nord. Parmi les échantillons positifs, on retrouve du saumon canadien et chilien, du tilapia chinois et panaméen, ainsi que des truites US –espèce chez qui l’oxytétracycline entraîne des malformations.

Plus surprenant, cet antibiotique était même retrouvé en forte concentration chez des crevettes mexicaines pourtant d’origine sauvage. Ce que les chercheurs expliquent par un problème d’étiquetage, une forte pollution côtière par des résidus de médicaments, voire par une contamination croisée dans la chaîne de production.

Certes, les concentrations mesurées, de l’ordre du nanogramme par gramme de produit, sont toutes en deçà des limites fixées par la Food and Drug Administration (FDA). Ces seuils réglementaires sont pourtant mis en cause par de nombreux experts, qui estiment que l’antibiorésistance se développe à des doses du même ordre de grandeur que celles observées dans l’étude.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus