Après les scandales de la viande, les scandales du poisson

Le 27 février 2013 par Romain Loury
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Mais où sont passés les pangas ?
Mais où sont passés les pangas ?

En plein scandale de la viande de cheval en Europe, une nouvelle enquête de l’association américaine Oceana relance les spéculations sur les «erreurs» d’étiquetage du poisson aux Etats-Unis, mais peut-être aussi en Europe. L’affaire de la viande de cheval n’en finit pas de grimper: après Findus, Picard, Nestlé et Ikea, Panzani a annoncé, mardi 20 février, que ses raviolis étaient aussi concernés.

Cette fois-ci, ce n’est pas Spanghero qui est en cause, mais un autre fournisseur, non identifié, auprès duquel s’approvisionnait le fabricant des raviolis en question, William Saurin. Alors que le scandale se généralise, mais ne touche a priori que la viande, l’Etat a mis en place une surveillance renforcée qui s’appliquera aussi au poisson. Une filière qui, comme pour la viande de bœuf, pourrait offrir de belles surprises au consommateur.

Là aussi, il s’agit de vendre à meilleur prix des poissons en mentant sur leur espèce ou leur origine. Entre autres affaires, l’alliance Ocean2012, qui regroupe des associations militant pour une pêche durable, évoquait en 2012 des lieux noirs et des merlans vendus en Irlande sous le nom de morue (voir le JDLE), idéalement camouflés sous forme de fish’n’chips. Même embrouille au Royaume-Uni, où c’est du panga, poisson-chat du Mékong élevé en Asie, qui faisait cette fois office de morue.

La situation pourrait être pire aux Etats-Unis, où l’association Oceana vient de révéler, suite à l’analyse ADN de 1.215 échantillons recueillis dans tout le pays, que 33% des poissons vendus, voire 52% en Californie, n’étaient pas de l’espèce annoncée. Parmi les espèces les plus sujettes aux fraudes, le vivaneau (87%) et le thon (59%). Le changement de nom est d’autant plus facile que «sous une même dénomination, on trouve plusieurs sous-espèces», explique Stéphane Beaucher, conseiller politique d’Ocean2012. «Cela permet par exemple de faire passer du merlu d’Afrique du Sud, à 7 euros le kg, pour du merlu du golfe de Gascogne, à 12 euros», ajoute-t-il.

Alors que le risque sanitaire semble limité, «c’est avant tout une question de grosse arnaque», estime Stéphane Beaucher. Une «arnaque» d’autant plus facile que la plupart des gens «ne voient plus de poissons avec leurs écailles et leurs arêtes: quand le poisson est transformé [par exemple sous forme de filets, ndlr], on est obligé de recourir aux tests ADN», ajoute-t-il. Entre autres fraudes possibles, le responsable associatif évoque celle consistant à teindre un poisson avec du jus de betterave pour le maquiller en «thon rouge» [1]. Ou encore la transformation du bar de chalut, de meilleur goût et donc plus coûteux, en bar pêché à la ligne, en lui accolant le pin’s normalement réservé à ce dernier mode de pêche.

Quant au panga, il a de bonnes chances de devenir un prochain «cheval». Avec des importations européennes de 220.000 tonnes en 2009 (contre 2.000 en 1999), «on ne le trouve jamais dans les plats cuisinés; pourtant il faut bien que tout ce poisson passe quelque part», juge Stéphane Beaucher.

S’il est difficile de connaître la portée des fraudes au poisson en France, les autorités la minimisent. «Il n’y a pas de fraude majeure: les substitutions d’espèce constituent un problème ponctuel, et font l’objet d’enquêtes régulières auprès des entreprises, ou lorsque l’on a un doute sur des restaurants», explique la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). «Rien ne permet de penser que les fraudes de l’ampleur [de celle dévoilée aux Etats-Unis] se produisent en France», renchérit la Direction des pêches maritimes et de l’aquaculture (DPMA). Et pour l’affaire de la viande de cheval? «Cela rappelle que la fraude existe, mais cela prouve aussi que les contrôles fonctionnent puisqu'ils ont permis sa mise à jour», juge la DPMA.

Si des problèmes existent, c’est moins vis-à-vis des poissons d’origine française que de ceux qui sont importés, juge de son côté le cabinet de Frédéric Cuvillier, ministre délégué aux transports, à la mer et à la pêche. Notamment avec «ceux venant d’Asie, avec lesquels on n’est jamais très sûr de ce qu’on a»… comme le panga? Ce poisson a décidément peu d’amis dans les ministères: selon la DPMA, «Il y a des comportements parfaitement légaux qui consistent à présenter au consommateur des filets de poisson blanc d'élevage importés d'Asie, par exemple, à un prix bien moindre que celui du poisson de pêche française, dont l'exploitation répond à des conditions sociales et environnementales bien plus élevées. Il est difficile pour le consommateur de faire la différence entre ces deux produits, et de faire le choix de la qualité (ou pas) en toute connaissance de cause».

Des «comportements parfaitement légaux», souvent, mais parfois un peu frauduleux quand même: «Des poissonniers peu scrupuleux le placent sur leurs étals à côté du cabillaud, certains vont même jusqu’à l’étiqueter comme tel», déplore le directeur général du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), Hubert Carré. Selon lui, le problème majeur est celui de la traçabilité que pose la pêche illégale, en termes de concurrence pour la filière légale, et de pérennité des réserves de poisson. Un sujet d’ampleur internationale, dont vient de se saisir l’organisation Interpol, en annonçant mardi le lancement du plan de lutte «Scale», qui permettra entre autres d’améliorer la coopération entre Etats.

[1] Pour rappel, le thon utilisé dans les restaurants de sushi est pour la plupart issu du thon albacore, originaire des eaux tropicales et dont seule la couleur rouge de la chair explique qu’il soit abusivement appelé «thon rouge», comme celui de la Méditerranée (Thynnus maccoyii, en danger d’extinction). Pour plus d’infos sur les dénominations commerciales: http://www.economie.gouv.fr/dgccrf/Listes-des-denominations-commerciales



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