Après les OGM, Séralini charge les tests toxicologiques

Le 18 juin 2015 par Romain Loury
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Gilles-Eric Séralini, chercheur à l'université de Caen
Gilles-Eric Séralini, chercheur à l'université de Caen
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Soixante-dix ans de tests toxicologiques à la poubelle? C’est ce que sous-tend une nouvelle étude publiée par l’équipe de Gilles-Eric Séralini, qui révèle une contamination très élevée par divers contaminants, dont des pesticides, des OGM, des métaux lourds, des PCB et des dioxines.

C’est la base de toute recherche en toxicologie: un produit chimique est testé sur un groupe d’animaux, en général des souris ou des rats, comparé à un groupe contrôle ne prenant pas le produit. Tous ont droit au même régime alimentaire de base, et les différences entre les deux groupes sont imputées à l’agent testé.

Outre ce «contrôle interne», les industriels recourent à leurs «données historiques», utilisées comme «témoins externes» lors des évaluations réglementaires. Calculés à partir des témoins des divers tests menés au sein de la compagnie, ces chiffres sont censés représenter le taux de maladies intrinsèque à une lignée d’animaux. Et ils sont pour le moins élevés [1].

Et pour cause: l’étude menée par Gilles-Eric Séralini, auteur en 2012 d’une étude aussi médiatique que controversée sur la toxicité des OGM et de l’herbicide Round Up, révèle que l’alimentation administrée aux animaux de laboratoire, composée de céréales issues de l’agriculture industrielle, contient de fortes doses de contaminants.

Parmi eux, des pesticides, des métaux lourds, des dioxines, des PCB et des OGM. Ce qui, selon la métaphore adoptée par les auteurs, «revient tout simplement à vouloir montrer le caractère non dopant d'une substance en réalisant une étude avec Lance Armstrong comme témoin».

De nombreuses DJA dépassées

Menée sur 13 aliments issus de 5 continents, l’étude révèle que ces croquettes recèlent de 1 à 6 résidus de pesticides chacun, parfois à des niveaux très élevés. La palme revient au pirimiphos méthyl, insecticide détecté dans 8 des 13 produits, 7 d’entre eux dépassant la dose journalière admissible (DJA) fixée pour l’homme.

La situation est encore plus marquée pour le plomb, le cadmium, les dioxines et les PCB, pour lesquels les 13 produits testés dépassent la DJA. Quant aux OGM, ils sont retrouvés dans 11 des 13 produits, à des taux allant jusqu’à 48% de l’aliment.

Résultat: l’indice de risque, mesure utilisée par les autorités sanitaires afin d’évaluer le risque d’un mélange de produits chimiques, s’élève de 15,8 à 40,5, «alors que le risque est considéré au-dessus de 1», notent les chercheurs.

«On s’imagine souvent que les maladies surviennent de manière spontanée, génétique, chez ces animaux: en fait, une grande partie de ces pathologies est due à la nourriture qui leur est administrée», explique au JDLE l’un des auteurs de l’étude, Nicolas Defarge.

Corollaire: la plupart des tests menés à ce jour reposeraient sur des contrôles faussés. «Lorsque vous avez un bruit de fond élevé, vous avez peu de chances de faire émerger une différence d’effet» entre le produit testé et le contrôle, explique au JDLE un autre co-auteur, Joël Spiroux de Vendômois, par ailleurs président du Criigen, dont le président du conseil scientifique n’est autre que Gilles-Eric Séralini.

Des évaluations systématiquement biaisées?

Les DJA décernées à ces agents par les autorités sanitaires seraient donc largement surélevées, jugent les auteurs. Contacté par le JDLE, Gilles-Eric Séralini estime que ces résultats «remettent en cause 70 ans de tests [de toxicologie] et 250.000 produits». Cas frappant, celui d’un colza GM de Dupont de Nemours, résistant au Round Up, et testé contre un régime contrôle à base de maïs OGM… lui-même résistant au Round Up.

Pour Joël Spiroux de Vendômois, «il doit y avoir plus de transparence dans les études de toxicologie», notamment sur la nature des contrôles. Autres revendications, «arrêter d’utiliser la notion de normes historiques par espèce», qui élude la question de la contamination de l’alimentation, et «recourir à des croquettes bio».

Au-delà de l’analyse chimique des aliments de laboratoire, pourquoi justement ne pas comparer ces aliments industriels à des croquettes bio, afin de mesurer le bruit de fond lié à ces produits? Interrogé à ce sujet, Gilles-Eric Séralini estime qu’une telle étude «nécessiterait beaucoup d’argent, environ 3 millions d’euros [comme l’étude de 2012] et [qu’]il s’agirait d’une étude longue: pour l’instant nous n’avons pas les fonds».

Un intrigant retard de publication

Prévue dans la revue PLoS ONE, cette nouvelle étude de l’équipe Séralini a connu quelques désagréments de dernière minute. Alors que sa mise en ligne était prévue, depuis un mois selon Gilles-Eric Séralini, pour jeudi 17 juin à 20h, et qu’elle était déjà dans les mains de quelques journalistes l’ayant demandé auprès des auteurs (sous embargo), PLoS ONE leur a annoncé au dernier moment qu’il retardait la publication, en vue de quelques modifications.

Il s’agirait de changements mineurs, tel un léger remaniement du résumé, qui fait figure d’en-tête de l’article, et une mention plus claire des «conflits d’intérêt», à savoir les financeurs de l’étude. Lesquels sont déjà clairement indiqués en queue d’article l’article, mais uniquement dans les remerciements [2].

S’il ne s’agit a priori que d’un report de publication, Gilles-Eric Séralini dit craindre que n’interviennent d’étranges accointances industrielles au sein de PLoS ONE. Le chercheur se dit échaudé par de précédentes expériences, notamment lors de son étude de 2012, retirée de la revue Food and Chemical Toxicology puis republié dans Environmental Sciences Europe, sur fond d’intervention de personnes liées à l’industrie, notamment à Monsanto.

[1] De 13% à 71% d’animaux tombant spontanément malades d’une tumeur mammaire, de 26% à 93% pour les tumeurs hypophysaires.

[2] Les auteurs y remercient, «pour leur soutien», le Criigen, la fondation JMG, Lea Nature, les fondations Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme, Nature Vivante, Denis Guichard, Malongo, les conseils régionaux de Rhône-Alpes et d’Ile-de-France, l’Institut Bio Forschung Austria et la Sustainable Food Alliance.



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