Après les OGM, les OGR?

Le 22 janvier 2015 par Romain Loury
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Les OGM, futurs has-been?
Les OGM, futurs has-been?
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La biologie de synthèse serait-elle la solution au risque environnemental posé par les organismes génétiquement modifiés (OGM)? Si les recherches sont très préliminaires, deux équipes américaines pensent avoir découvert une piste contre le problème du confinement, grâce aux organismes «génomiquement reprogrammés».

C’est l’une des craintes principales, loin d’être la seule [1], que soulève l’utilisation des OGM. Comment s’assurer du confinement de ces organismes, qu’il s’agisse de bactéries, de plantes ou d’animaux? S’il n’existe rien de bien probant à ce jour, en raison de la capacité des organismes à muter ou à s’échanger des gènes -chez les bactéries et les plantes-, la biologie de synthèse pourrait bien offrir une solution.

Dans des travaux distincts publiés mercredi 21 janvier dans Nature, deux équipes américaines, l’une de l’université de Yale (Connecticut), l’autre de l’université de Harvard (Massachusetts), ont mis au point une bactérie modifiée, en l’occurrence de l’espèce Escherichia coli, de telle façon qu’elle ne pourrait d’aucune manière survivre en milieu naturel. Pour cela, les chercheurs ont altéré son code génétique.

Un acide aminé artificiel

Fréquemment confondu avec «génome», qui consiste en l’ensemble des gènes d’un organisme, le code génétique constitue l’interface entre les gènes et les protéines. Ou plutôt entre les 4 lettres, ou «bases», de notre ADN (A, T, C et G) et les 20 acides aminés de nos protéines. Toute combinaison de trois bases de notre ADN correspond ainsi à un acide aminé. C’est donc l’enchaînement des 4 bases au sein d’un gène, donc sa séquence, qui dicte celle d’une protéine.

Or les chercheurs sont parvenus à modifier le code génétique d’E. coli, lui incorporant un acide aminé n’existant pas dans la nature. Ils ont ensuite ciblé plusieurs gènes cruciaux pour la survie de la bactérie. Résultat: les protéines codées par chacun d’entre eux n’étaient fonctionnelles qu’en présence de l’acide aminé artificiel. En son absence, la bactérie ne pouvait survivre.

Ni mutation, ni transfert de gène

Selon l’équipe de Yale, cet organisme «génomiquement reprogrammé» («OGR») serait imperméable à toute possibilité de fuite environnementale. Outre le fait qu’il ne peut vivre qu’en milieu confiné, en présence d’un substrat artificiel, le système exclut tout risque lié à des mutations ou au transfert de gènes entre individus modifiés ou non.

Le chemin est long de la paillasse aux applications, et la biologie de synthèse, prolongement de la biologie moléculaire à l’origine des OGM, n’en est qu’à ses balbutiements. Nul ne sait si elle engendrera de nouveaux risques, et si oui, lesquels. Pour l’université de Yale, l’heure n’est pas au scepticisme: ces techniques pourraient lever «un obstacle majeur à l’utilisation généralisée des OGM dans des domaines aussi divers que l’agriculture, la production d’énergie, la gestion des déchets et la médecine».

[1] Se pose aussi la question de leur sécurité en matière de santé publique, le fait qu’ils poussent à la consommation de pesticides, sans oublier la mainmise accrue de l’industrie semencière sur l’agriculture.



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