Après le nucléaire, cap sur les énergies renouvelables

Le 11 octobre 2011 par Gwénaëlle Deboutte
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L’Allemagne n’a pas attendu Fukushima pour décider de développer les énergies renouvelables. Fin 2010 déjà, elle avait décrété un grand plan d’ensemble, baptisé Energiekonzept 2050. Avec l’annonce de la fin du nucléaire, le cap reste pour l’instant le même, en attendant peut-être des réajustements.

Compenser des gigawatts par d’autres gigawatts, voilà à quoi se résume, pour les politiques et les gestionnaires de réseaux allemands, l’arrêt du nucléaire. 21 GW, soit la production totale d’électricité d’origine nucléaire du pays. Auxquels ont déjà été retirés 10 GW, suite à l’arrêt des 8 centrales les plus anciennes.
 
Ceux-ci ont été rapidement compensés, grâce aux surcapacités et à l’importation d’électricité, en provenance de France et de la République tchèque. En outre, la production d’électricité à partir du gaz et du charbon représente outre-Rhin 27 GW. D’ici à 2013, la construction de nouvelles centrales fossiles assurant 10 à 13 GW de production est déjà planifiée, en partie pour en remplacer certaines, devenues obsolètes. «Nous estimons maintenant qu’il faudra sûrement en construire davantage», reconnaît le ministre de l’environnement allemand, Norbert Röttgen (voir prochain article).
 
En somme, d’ici à 2022, environ 35 GW de production devront donc être substitués. Objectif final: s’affranchir au maximum des énergies fossiles, grâce au recours aux énergies renouvelables. Sur le premier semestre 2011 déjà, selon l’association allemande des industries de l’énergie et de l’eau (BDEW), la production d’électricité d’origine renouvelable a dépassé pour la première fois le cap des 20% des besoins du pays. Elle se situe aujourd’hui autour de 6,9 milliards de kilowattheures (sur un total de 57,3 Md kWh).
 
La principale source reste l’éolien (7,5%), suivi par la biomasse (5,6%), le photovoltaïque (3,5%) et enfin, l’hydraulique (3,3%). L’agence pour l’environnement (Dena), l’équivalent de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), a estimé pour sa part qu’en 2020, 110.000 mégawatts de capacité en énergies renouvelables seraient installés en Allemagne: 47.000 MW pour l’éolien (dont 14.000 pour l’offshore) et 50.000 MW pour le photovoltaïque.
 
Mais, pour l’heure, il est encore trop tôt pour connaître le calendrier exact sur les 10 prochaines années. A la mi-septembre, la chancelière Angela Merkel a rencontré les représentants de la société civile, les industriels, les associations de protection de l’environnement et du consommateur pour un échange d’idées. Le but: définir les mesures qui seront prises pour assurer l’application concrète de la sortie du nucléaire. Mais rien ne filtre. «Nous avons plusieurs options à notre disposition, résume Bernd Hirschl, de l’Institut de recherche pour l’économie écologique. Il faudra donc prendre une décision fondamentale: faut-il par exemple privilégier la production centralisée, avec de grosses centrales et parcs (comme l’offshore ou le projet Desertec)? ou une production décentralisée, avec des installations plus petites, proches des lieux de consommation? De cela dépendra les infrastructures à construire.»
 
En l’absence de plan concret, il convient donc de s’en tenir au concept énergétique allemand, qui avait été décidé en septembre 2010, avant l’accident de Fukushima. Les objectifs restent inchangés: passer la part des énergies renouvelables dans la consommation brute à 35% d’ici 2020. Mais le défi ira bien au-delà, comme le rappelle Ottmat Edenhofer, chef économiste à l’Institut de recherche sur le climat de Potsdam (PIK): «Le plus grand défi n’est pas la sortie du nucléaire, mais l’entrée dans un nouveau système énergétique durable, intelligent et accepté par la société. Un vrai tour de force». En effet, la fin de l’atome s’appuie surtout sur les économies d’énergie, en particulier dans l’industrie, qui pourraient elles-mêmes facilement compenser les 20% de perte. L’Energiekonzept en faisait déjà mention, en évoquant le doublement du taux de rénovation du parc immobilier chaque année, passant de 1 à 2%. D’ici 2020, le gouvernement espère ainsi une réduction de 10% de la consommation électrique et de 20% des besoins énergétiques.
 
Le changement énergétique implique aussi une modification totale des infrastructures. Pour s’adapter aux nouvelles zones de production (solaire au sud, éolien offshore au nord) ou encore à une production décentralisée, le réseau doit être renforcé. La toute dernière étude Dena II estimait les besoins à 3.600 kilomètres de lignes de 380 kilovolts supplémentaires d’ici 2025 pour permettre d’atteindre les objectifs de progression des énergies renouvelables. Baser sa production électrique sur les sources fluctuantes que sont le soleil et le vent demande également des dispositifs de stockage important. Dans ce but, une centrale hybride combinant éolien, production d’hydrogène et centrale au biogaz est actuellement en test près de Berlin. Mais tout ceci ne se déploiera qu’à longue échéance. Pour les années prochaines, priorité est donnée aux centrales fossiles, bien plus rapides à mettre en place.


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