Après le diesel, le métro exhale ses particules fines

Le 06 mars 2013 par Marine Jobert
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La qualité de l'air est mesurée dans trois stations du réseau.
La qualité de l'air est mesurée dans trois stations du réseau.
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Les voyageurs, et plus encore les agents qui travaillent dans le métro, sont exposés à un air de mauvaise qualité. Les concentrations de particules fines y sont encore plus élevées qu’en surface. Si la Ratp quantifie le problème à travers des campagnes de mesures, elle semble tarder à y remédier. Le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de la Régie a tiré le signal d’alarme il y a quelques semaines.

La qualité de l’air intérieur du métro parisien est à l’image de la qualité de l’air extérieur: mauvaise. Une tendance aggravée par les émissions spécifiques du matériel roulant et par la complexité qu’il y a à ventiler des kilomètres de couloirs, de tunnels et de rames. Résultat, voyageurs et salariés du métro sont en permanence exposés à un air qui dépasse largement les seuils limites de polluants, notamment des redoutables particules fines [JDLE]. En certains points du réseau[1], les concentrations en particules fines sont en effet jusqu’à 7,5 fois plus élevées qu’à l’extérieur[2]. Et la réglementation française actuelle semble défaillante pour protéger usagers et salariés. C’est dans ce contexte que SUD RATP a lancé fin février une procédure de droit d’alerte sur les conditions de travail. Les syndicalistes demandaient à la direction de prendre des mesures immédiates afin d’atteindre une concentration en PM10 ne dépassant pas les 50 microgrammes par mètre cube (µg/m3) d’air. Une réunion exceptionnelle du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a eu lieu, en présence d’associations environnementales appelées comme conseils, pour essayer d’améliorer les conditions de travail et de transport.

 

La RATP effectue depuis plusieurs années des mesures dans trois stations considérées comme représentatives des espaces souterrains de la RATP (Châtelet, Franklin Roosevelt et Auber)[3]. «Les mesures portent sur les paramètres climatiques usuels (température, humidité relative), le renouvellement d’air (dioxyde de carbone) et la qualité de l’air (oxydes d‘azote, particules). Ce réseau produit automatiquement plus de 200.000 données brutes par an», précise la Régie. D’autres mesures plus ponctuelles des particules ultrafines, des aldéhydes ou des hydrocarbures aromatiques monocycliques ou polycycliques sont réalisées, à la fois sur les quais, les couloirs de correspondance et au niveau des salles d'échange. Les sources de pollution sont doubles. A l’air extérieur déjà pollué s’ajoutent, dans l’enceinte du métro, les pollutions causées par le roulement du métro et l’abrasion des freins. Le passage des rames dans les tunnels entraîne en outre une remise en suspension des particules. «A Marseille, les tunnels n’ont pas été nettoyés une seule fois depuis l’ouverture du métro. Les poussières s’y accumulent donc depuis plus de 30 ans», rappelle Thibaut Vonthron, qui est intervenu au nom de l’association Respire[4] en soutien du CHSCT de la RATP et d’un représentant syndical de la Régie des transports marseillais. A Paris, des badigeonnages à la chaux de certains tunnels ont eu lieu, pour confiner la pollution. «C’est inefficace, car la chaux s’effrite», explique Thibaut Vonthron au Journal de l’environnement.

 

A la RATP, l’association préconise d’augmenter la ventilation dans les stations et les tunnels, de changer le matériel roulant et de mener des campagnes de mesures sur différents types de lignes (ligne extérieure, ligne intérieure et ligne mixte). Autant de mesures que François-Xavier Arouls, du syndicat Sud, appelle de ses vœux. «En plus d’installer de nouveaux ventilateurs pour renouveler l’air, nous souhaitons que les «trains aspirateurs» qui nettoient actuellement les voies la nuit soient adaptés pour aspirer aussi les particules fines. Enfin, nous souhaitons que le freinage électrique, moins émissif, soit déployé sur l’ensemble des lignes» explique t-il au Journal de l’environnement.

 

Mais le principal point noir demeure, selon Respire, d’ordre réglementaire. L’association parle même d’un «vide juridique». En effet, deux textes distincts régissent le niveau de polluants atmosphériques auxquels les agents et les usagers du métro peuvent être soumis. Pour ces derniers, on mesure leur exposition finale en tenant compte du temps de résidence moyen dans le métro, en accord avec une circulaire du ministère de la santé datant de 2003. «Le fait de tenir compte du temps de résidence dans le métro permet de pondérer les niveaux de pollution élevés auquel l’usager fait face dans le métro (milieu confiné) en partant de l’hypothèse que, sorti du métro, l’usager ne sera plus exposé à un air pollué. Ce n’est bien entendu pas le cas, mais l’usager sorti du métro ne dépend plus juridiquement de la RATP», analyse Respire.

 

L’exposition des agents du métro est régie par le Code du travail et les articles spécifiques aux émissions de particules fines (articles R. 4222-10 à R. 4222-17). A ce sujet, l'Institut national de recherche et de sécurité (l’INRS) précise que «la concentration en poussières alvéolaires (susceptibles de pénétrer dans les voies pulmonaires jusqu’aux alvéoles, de s’y déposer et d’y rester durablement, en créant une surcharge pulmonaire néfaste pour l’organisme) ne doit pas dépasser 5 milligrammes par mètre cube (mg/m3) d’air». 5 milligrammes, rappelle Respire, est égal à 5.000 µg/m3. Or l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise un niveau d’exposition maximum de 25 μg/m3 en moyenne sur 24 heures pour les particules 2,5 et de 50 μg/m3 en moyenne sur 24 heures pour les particules 10. «Il est donc légalement acceptable pour les agents du métro de respirer un air 100 fois plus pollué que n’importe quel autre homme qui utilise le métro parisien et les transports franciliens», conclut l’association.

 

Des études toxicologiques des particules prélevées dans l’air des enceintes souterraines ont été menées à Londres, Paris et Stockholm, comme le rappelle un rapport de l’Observatoire régional de santé (ORS) d’Ile-de-France. «Ces travaux semblent indiquer que ces particules entraînent des effets au niveau cellulaire (modification de marqueurs de stress oxydant et d’inflammation, génotoxicité, cytotoxicité), majorés par rapport à ceux induits par des particules issues d’autres sources (fond urbain, diesel).» La présence importante de particules de fer pourrait en partie expliquer la toxicité des particules souterraines. Très prudent, ce rapport préconise des investigations supplémentaires, notamment le lancement d’études épidémiologiques sur les personnels. Des premiers résultats «ne mettent pas en évidence de risque lié à l’exposition aux polluants des enceintes souterraines de transport ferroviaire sur la santé respiratoire des travailleurs. En l’état actuel des connaissances, il n’est toutefois pas possible de conclure à l’absence de risque.» La Ratp a lancé une étude interne sur le sujet, qui pourrait être transmise aux syndicats dans le courant du mois de mars.



[1] Relevés effectués à la station RER d’Auber notamment.

[2] Même constat dans le métro marseillais, où le taux de particules fines en suspension (PM10) y serait par endroit 5 fois supérieur aux seuils tolérés par les autorités sanitaires. http://www.laprovence.com/article/economie/1115754/marseille-inquietante-pollution-dans-le-metro.html

[3] Mais il faut noter que les particules fines PM2,5 ne sont mesurées que dans le RER.

[4] Association nationale pour la prévention et l'amélioration de la qualité de l'air.

 



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