Antilles: l’Etat vise «zéro chlordécone dans l’alimentation»

Le 17 juin 2019 par Romain Loury
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Un insecticide utilisé dans les bananeraies jusqu'en 1993
Un insecticide utilisé dans les bananeraies jusqu'en 1993

En l’attente d’un quatrième plan chlordécone, dont les travaux d’élaboration vont débuter cet été, le ministère de l’outre-mer a établi une feuille de route 2019-2020, dotée de 5,4 millions d’euros. Parmi ses diverses mesures, un accroissement des contrôles sur les denrées alimentaires.

Accusé de favoriser les cancers de la prostate, dont l’incidence est deux fois plus élevée qu’en métropole, cet insecticide a été utilisé de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Si l’Etat a d’abord été dans le déni, il s’est peu à peu ravisé face à l’accumulation des preuves, mettant en place trois plans chlordécone successifs, dont le dernier couvre la période 2014-2020.

Vers un quatrième plan 2021-2026

En l’attente d’un quatrième plan (2021-2026), dont l’élaboration devrait débuter à la rentrée, la ministre de l’outre-mer Annick Girardin a annoncé, jeudi 14 juin devant des parlementaires et des élus locaux ultramarins, de nouvelles mesures dans le cadre d’une feuille de route 2019-2020.

Visant à renforcer le troisième plan, elle fait suite aux annonces faites par Emmanuel Macron lors d’un déplacement aux Antilles en septembre 2018, ainsi qu’à un colloque scientifique sur la chlordécone organisé en octobre 2018 à Schoelcher (Martinique).

S’il a ensuite mis en doute le lien entre chlordécone et cancer, Emmanuel Macron a reconnu, en septembre 2018, la responsabilité de l’Etat dans la contamination généralisée à la chlordécone. L’annonce ouvre la voie à une indemnisation des travailleurs agricoles exposés, mais en aucun cas de la population générale, exposée via l’alimentation, notamment celle issue des jardins familiaux.

Plus de contrôles, abaissement des LMR

Dotée d’un montant de 5,4 millions d’euros jusqu’en 2020, la feuille de route fixe un objectif de «zéro chlordécone dans l’alimentation», notamment par des contrôles accrus, qui ont déjà connu une hausse de 30% en 2018 et 2019. Ou encore par un abaissement des limites maximales de résidus (LMR) autorisées dans les viandes et les produits de la mer, à 0,02 mg/kg  –contre 0,1 mg/kg auparavant-, en vertu d’un arrêté publié fin mai[i].

La feuille de route prévoit également la mise en place de chartes de qualité sur les productions locales, afin de rétablir la confiance des consommateurs, ainsi qu’un renforcement du programme «jardins familiaux », qui permet une prise en charge des diagnostics d’imprégnation des sols chez les particuliers.

Indemnisation: un rapport Inserm/Anses avant fin 2019

Quant à l’indemnisation des maladies professionnelles liées à une exposition à la chlordécone, elle sera tranchée par un avis publié, d’ici la fin de l’année, par l’Inserm et l’Anses[ii], et qui aura trait à l’ensemble des pesticides, «en priorisant les résultats sur la chlordécone», indique le ministère de l’outre-mer.

Arlésienne parlementaire, le dossier du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides, dont une troisième tentative a échoué fin janvier, devrait faire son retour à l’automne, à l’occasion de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2020.

Par ailleurs, quatre inspections générales (Igas, CGAAER, CGEDD, IGAENR[iii]) ont été saisies afin d’évaluer le troisième plan chlordécone, et de faire des recommandations dans la perspective du quatrième.



[i] Fin janvier, une première modification de l’arrêté de 2008 fixant les LMR de chlordécone pour les denrées alimentaires n’avait trait qu’à la viande bovine et de poisson. Ce changement a été étendu fin mai à d’autres viandes.

[ii] Inserm: Institut national de la santé et de la recherche médicale. Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[iii] Igas: Inspection générale des affaires sociales. CGAAER: Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux. CGEDD: Conseil général de l’environnement et du développement durable. IGAENR: Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche.

 



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