Antibiotiques: l’urine fait de la résistance

Le 21 novembre 2012 par Romain Loury
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Un acte plus dangereux qu'on ne le croit.
Un acte plus dangereux qu'on ne le croit.

Dans les élevages agricoles, les bactéries résistantes aux antibiotiques naissent aussi dans le sol, lorsqu’il est arrosé par une urine contenant des antibiotiques, selon une étude américaine publiée dans la revue PLoS ONE.

C’est là un nouveau coup porté à un dogme de l’antibiorésistance animale, selon lequel elle ne surviendrait que dans l’organisme, après traitement aux antibiotiques. Une récente étude avait déjà montré que l’environnement des élevages était assez chargé de ces médicaments pour exercer une pression de sélection sur les bactéries (voir le JDLE).

Dans son étude, l’équipe de Douglas Call, de la Paul G. Allen School for Global Animal Health (Washington), a reproduit en laboratoire le sol d’un pâturage, en y mélangeant 1 volume de fèces bovines à 24 volumes de terre, le tout agrémenté d’une urine bovine contenant du ceftiofur.

Excrété à 70% par l’urine, à 30% par les fèces (dans lesquelles il est rapidement dégradé), le ceftiofur appartient à la classe des céphalosporines. Une famille d’antibiotiques considérée comme particulièrement importante en médecine humaine, dont la Food and Drug Administration (FDA) a décidé en janvier de limiter l’usage vétérinaire (voir le JDLE).

Une fois répandu sur le sol via l’urine, le ceftiofur s’avère sensible à la température, se dégradant plus vite à 23°C qu’à 4°C. Mais dans tous les cas, même une faible exposition à l’antibiotique entraîne une meilleure prolifération des bactéries résistantes, gagnantes de la pression de sélection. Répandue sur le sol, l’urine d’un animal traité au ceftiofur s’avère ainsi capable d’amplifier la présence de microbes qui lui sont réfractaires.

Les chercheurs ont ensuite vaporisé des bactéries résistantes au ceftiofur sur de la litière. Résultat: les veaux qui s’y couchent deviennent très vite porteurs de ce germe, sans qu’il y ait besoin d’ajouter du ceftiofur pour sélectionner à ce stade. «D’autres auteurs ont montré que la transmission pouvait également s’effectuer par le sol, le contact avec la peau [d’autres animaux], la nourriture et l’eau», notent les chercheurs.

Ils avancent plusieurs solutions pour casser ce cycle urine-sol-animal: la bioremédiation (techniques de dégradation chimique par des organismes vivants), l’utilisation d’agents adsorbants introduits dans le sol ou, plus simplement, une meilleure gestion des excréments.

De plus en plus répandue, l’antibiorésistance des bactéries met en péril l’efficacité de médicaments cruciaux pour la santé humaine. En France, le ministère de l’agriculture a lancé fin 2011 son plan Ecoantibio2017, qui vise à réduire l’usage animal de 25% en 5 ans. Publié le 9 novembre, le dernier bilan montre une baisse de 15,3% de l’exposition des animaux aux antibiotiques entre 2007 et 2011 (voir le JDLE).



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