Antibiotiques en prévention: le début de la fin?

Le 11 septembre 2014 par Romain Loury
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Moins d'antibios pour la volaille
Moins d'antibios pour la volaille
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Après les avoir interdits comme promoteurs de croissance en 2006, la Commission européenne s’apprête à prohiber les antibiotiques à usage préventif dans les élevages, en particulier sous forme d’aliments médicamenteux. De quoi mieux lutter contre l’antibiorésistance, qui ne cesse de grimper.

Finis les aliments médicamenteux à base d’antibiotiques? Après une résolution du Parlement européen et de nombreux avis d’experts appelant à mettre fin à cette pratique, la Commission vient enfin de sauter le pas: publié mercredi 10 septembre, son projet de règlement «concernant la fabrication, la mise sur le marché et l’utilisation d’aliments médicamenteux pour animaux» prévoit d’interdire ceux qui contiennent des antibiotiques, utilisés pour prévenir les maladies.

Interrogé à ce sujet par le JDLE, le vice-président du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL), Claude Andrillon, y voit une bonne nouvelle pour la santé publique. «L’usage préventif ne mérite pas d’être autorisé, avant tout il y a les vaccins», juge-t-il.

Ces aliments médicamenteux étaient surtout utilisés dans les élevages intensifs de porcs et de volailles «pour couvrir des périodes critiques», par exemple lors de rassemblement de lots étrangers: il s’agissait donc, en l’absence d’animaux malades, d’empêcher la survenue de maladies.

Quid de la métaphylaxie?

Entre le traitement et la prévention, il existe la métaphylaxie, une notion que Claude Andrillon juge «très franco-française». Dans un rapport publié fin juin, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) la définit comme le «traitement des animaux cliniquement malades et des autres animaux d’un même groupe qui sont encore cliniquement sains, mais avec une forte probabilité d’être infectés à cause du contact étroit avec les animaux malades».

Or le projet de règlement ne l’évoque pas, ne s’en tenant qu’à la seule prévention. Pour le vice-président du SNVEL, la métaphylaxie demeure nécessaire dans les élevages, et relève «de l’expertise du vétérinaire», qui doit définir quand et de quelle manière l’appliquer. Un avis qui rejoint celui de l’Anses, qui s’y montre favorable, mais prône une «identification la plus précoce possible des animaux malades, ainsi qu’un encadrement vétérinaire renforcé».

Outre ce projet de règlement, la Commission en publie un autre, plus volumineux, qui inaugure une refonte complète du système des médicaments vétérinaires. Les antibiotiques y trouvent aussi leur place, la Commission s’arrogeant la possibilité «d’exclure ou de restreindre» l’usage de certains d’entre eux.

Et l’on pense aussitôt à ceux qui sont jugés les plus critiques pour la santé humaine, dont les céphalosporines et les fluoroquinolones, particulièrement précieuses en médecine humaine. Définitivement adoptée jeudi par l’Assemblée nationale, la loi d’avenir pour l’agriculture prévoit également un encadrement accru des antibiotiques, en particulier les plus précieux pour la santé humaine.

Honneur aux espèces «mineures»

De manière plus large, le projet de règlement européen sur les médicaments vétérinaires revoit de fond en comble les processus d’autorisation. Entre autres par des procédures qui ne sont pas sans rappeler le système en vigueur pour les médicaments à usage humain: procédure centralisée au niveau européen, procédure décentralisée, reconnaissance mutuelle entre Etats.

Parmi les grandes mesures, la Commission espère favoriser la recherche de nouveaux médicaments, en particulier vis-à-vis des «espèces mineures», celles qui n’ont pas la chance d’être des bovins, des moutons, des porcs, des poulets, des chiens ou des chats.

Exemple: les médicaments pour abeilles, marché très étroit, seront protégés pendant 18 ans –contre 10 ans pour les espèces «majeures» et 14 ans pour les autres espèces, «mineures». Ce délai, pendant lequel aucun générique ne pourra être commercialisé, sera allongé chaque fois que l'indication du produit sera étendue à une autre espèce: d’un an pour les majeures, et de 4 ans pour les mineures, dans la limite de 18 ans.



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