Antibiotiques en élevage: vers un usage préventif restreint

Le 26 octobre 2018 par Romain Loury
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Trop d'antibios dans les élevages
Trop d'antibios dans les élevages

Jeudi 25 octobre, le Parlement européen a adopté plusieurs textes visant à réduire l’usage d’antibiotiques dans les élevages, afin de réduire l’antibiorésistance. Parmi les mesures, un usage préventif plus restreint de ces médicaments, à réserver aux animaux individuels.

C’est une menace sanitaire qui ne cesse de croître: l’antibiorésistance, à savoir la résistance des bactéries aux antibiotiques, pourrait bien réduire à néant l’efficacité de ces médicaments contre de nombreuses maladies infectieuses. Selon l’eurodéputée française Françoise Grossetête (Parti populaire européen), rapporteure d’une proposition de règlement adoptée jeudi 25 octobre, «la résistance aux antibiotiques est une véritable épée de Damoclès qui risque de faire reculer notre système de soins de santé au Moyen Age».

Parmi les principales causes de l’antibiorésistance, l’utilisation excessive d’antibiotiques dans les élevages, bien au-delà du seul traitement des animaux malades. Si leur emploi comme promoteur de croissance (pour faire engraisser les animaux) est interdit en Europe depuis 2006, il ne l’est toujours pas aux Etats-Unis. Autre usage problématique, l’administration d’antibiotiques à des animaux sains pour prévenir des maladies, par exemple lors de regroupements d’animaux.

Fini la prophylaxie groupée

L’Union européenne s’apprête-t-elle à serrer enfin la vis? Peut-être bien: selon la proposition de règlement, adoptée à 583 voix pour, 16 contre et 20 abstentions, «l’utilisation prophylactique (par mesure préventive, en l’absence de signes cliniques d’infection) [serait limitée] aux animaux individuels (et non aux groupes d’animaux) et uniquement si cela est pleinement justifié par un vétérinaire, lorsqu’un risque élevé d’infection est avéré».

Quant à l’utilisation métaphylactique, pour traiter un groupe d’animaux dont l’un présente des signes d’infection, elle devrait être «un dernier recours et n’être possible qu’après diagnostic et prescription des antimicrobiens par un vétérinaire».

Dans un autre texte adopté jeudi, le Parlement prévoit de donner à la Commission européenne le pouvoir de sélectionner les antimicrobiens qui devront être réservés à la médecine humaine, sans possibilité d’usage vétérinaire.

Encourager l’innovation

Quid de la recherche de nouveaux antibiotiques? «La législation propose des incitations, notamment l’allongement des périodes de protection pour la documentation technique relative aux nouveaux médicaments, la protection commerciale pour les substances actives novatrices et la protection des investissements substantiels dans les données produites pour améliorer un produit antimicrobien existant ou pour le maintenir sur le marché», explique le Parlement européen.

Cela suffira-t-il? A ce jour, le manque d’investissement des laboratoires pharmaceutiques semble moins lié à des problèmes de protection intellectuelle qu’à des raisons financières, la production d’antibiotiques étant pour eux bien moins lucrative que celle d’anticancéreux ou d’antidiabétiques.

Prochaine étape, «l’accord doit encore être adopté de façon formelle par le Conseil avant publication au Journal officiel [de l'Union européenne]», indique le Parlement.



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