Antibiotiques en élevage: bilan positif, mais à consolider

Le 18 novembre 2019 par Romain Loury
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Recours accru aux antibiotiques critiques
Recours accru aux antibiotiques critiques

L’utilisation des antibiotiques dans les élevages a baissé de 38,4% entre 2011 et 2018. Or la consommation de certains antibiotiques d’importance critique pour la santé humaine semble repartir à la hausse, selon un bilan publié lundi 18 novembre par l’Anses.

 

Menace de premier plan pour la santé, l’usage excessif d’antibiotiques, aussi bien en médecine humaine que vétérinaire, pourrait favoriser l’émergence de maladies ne répondant plus à ces médicaments. Face à ce danger, la France s’est doté d’un plan EcoAntibio pour la période 2012-2016, avec pour objectif de diminuer de 25 % l’exposition des animaux d’élevage aux antibiotiques, et donc d’épargner leur potentiel thérapeutique.

L’objectif a été largement atteint: en 2018, l’exposition aux antibiotiques, qui tient compte de la posologie et de la durée de traitement, a diminué de 38,4% par rapport à 2011, toutes espèces confondues, révèle le bilan annuel publié lundi 18 novembre par l’Anses[i], à l’occasion de la Journée européenne d’information sur les antibiotiques. Le volume des ventes atteint même son plus bas niveau de 1999, avec une baisse de 48% depuis 2011.

Stagnation depuis 2015

Après ce premier plan EcoAntibio, un deuxième a été lancé pour la période 2017-2021, dans l’objectif d’«inscrire dans la durée la baisse de l'exposition des animaux aux antibiotiques», et ce grâce à «des actions de communication et de formation, l'accès à des alternatives aux antibiotiques et l'amélioration de la prévention des maladies animales», rappelle l’Anses.

Depuis 2015, la tendance est en effet à la stagnation. En 2018, l’exposition a légèrement augmenté, de +0,7% par rapport à 2017. Une hausse est ainsi observée chez les bovins (+8,4%) et les lapins (+2%), tandis que la baisse se poursuit chez les volailles (-11,3%), les porcs (-2,7%) et les carnivores domestiques (-2%).

Des antibiotiques critiques en hausse

Plus préoccupant, une analyse par classes d’antibiotiques révèle que ceux considérés critiques pour la santé humaine, à savoir les céphalosporines de dernières générations et les fluoroquinolones, ont vu leur consommation de nouveau augmenter en 2018, de respectivement +6,2% et +14,2%, par rapport à 2017. Depuis 2013, ces deux classes d’antibiotiques ont connu une diminution de 93,8% et 86,1%.

Inscrit dans la loi d’avenir pour l’alimentation, l’agriculture et la forêt d’octobre 2014, l’objectif de réduire de 25% en trois ans l’utilisation de ces deux classes d’antibiotiques avait été atteint.  En 2016, un décret interdisait leur usage à visée préventive (en l’absence de maladie, c’est-à-dire par simple précaution ou lors de regroupements d’animaux issus d’élevages différents), le réservant aux usages métaphylactiques (chez les animaux sains, en présence d’animaux infectés) et curatifs.

Toutefois, «il semble que la réduction de l’utilisation atteint une limite pour certaines familles d’antibiotiques et il convient d’être vigilant sur l’évolution de l’exposition. La dynamique pour l’utilisation prudente et responsable des antibiotiques en médecine vétérinaire doit être maintenue», estime l’Anses.

De plus fréquents usages curatifs?

Certes, l’usage de ces antibiotiques critiques demeure rare en France: en 2018, les fluoroquinolones n’ont permis de traiter que 0,3% de la biomasse animale du pays, contre 0,1% pour les céphalosporines. Cette hausse, une première depuis 2011, a toutefois de quoi interroger. D’autant qu’elle s’accompagne d’une utilisation accrue d’antibiotiques sous forme injectable (+7,1% en 2018, tous antibiotiques confondus), ce qui suggère de plus fréquents usages curatifs. Dans le même temps, les prémélanges médicamenteux ont diminué de 12%, les poudres et solution orales de 1,9%. Or ces formulations sont principalement utilisées en prévention.

Si le plan EcoAntibio2 fixe moins d’objectifs chiffrés que son prédécesseur, ses deux cibles ont d’ores et déjà été atteintes. Primo, l’exposition à la colistine, antibiotique de dernière intention et dont la découverte de résistances en 2015 avait fait craindre le pire pour la médecine humaine, a diminué de 55,2% en 2018 par rapport à 2014-2015, pour un objectif de 50%. Secundo, l’objectif visant à réduire d’au moins 50% la présence de bactéries Escherichia coli BLSE [bêta-lactamases à spectre élargi] sur les prélèvements de volaille au stade de la distribution a également été atteint: la prévalence de ces bactéries est passée de 62% à 26% des échantillons testés entre 2016 et 2018.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail