Antibiotiques: des élevages moins gourmands

Le 15 novembre 2012 par Romain Loury
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Des progrès en cours et à venir.
Des progrès en cours et à venir.

L’exposition des animaux d’élevage aux antibiotiques continue à diminuer, mais des progrès restent à faire avec les médicaments les plus importants pour l’homme, selon un bilan 2011 publié vendredi 9 novembre par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Menace croissante pour la santé publique, le recours abusif aux antibiotiques accroît le risque de résistance des microbes, dès lors plus difficiles à traiter chez l’homme. Face à cette nécessité d’économie médicamenteuse, le ministère de l’agriculture a lancé en novembre 2011 son «plan Ecoantibio 2017», qui vise à en réduire l’usage en médecine vétérinaire, de 25% en 5 ans.

S’il n’est pas gagné, le défi semble plutôt bien engagé, au vu du bilan 2011 que publie l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV): - 31,1% d’antibiotiques vendus entre 2007 et 2011, une exposition des animaux [1] en baisse de 15,3% (-3,7% entre 2010 et 2011). C’est donc la 5e année de baisse consécutive, après la forte hausse entre 1999 et 2007. Observée chez toutes les espèces animales, cette réduction d’exposition aux antibiotiques est particulièrement marquée chez le porc (-28,8% en 5 ans) et chez le lapin (-26%).

Ces progrès restent cependant à nuancer: non seulement variables d’une espèce à l’autre, ils le sont aussi pour les diverses familles d’antibiotiques. Et pour certaines d’entre elles, c’est même une dégradation qui se dessine: toutes espèces confondues, l’exposition aux céphalosporines de 3e et 4e générations a ainsi crû de 9,4% depuis 2007, celle aux fluoroquinolones de 7%. Leur usage semble se stabiliser, avec des variations d’une espèce à l’autre: -51,8% de céphalosporines chez les porcins entre 2010 et 2011, contre +6,9% de tétracyclines chez la volaille. Ces deux classes d’antibiotiques, considérées «d’importance critique», constituent pourtant «l'alternative ou une des seules alternatives pour le traitement de certaines maladies infectieuses chez l'homme», rappelle l’Anses dans un communiqué.

Selon les recommandations européennes, elles doivent être réservées au traitement curatif de deuxième intention: il est donc déconseillé de les utiliser à tout-va, que ce soit à des doses subthérapeutiques en prévention des maladies (usage «prophylactique»), ou comme premier traitement curatif. A l’approche de la Journée européenne d’information sur les antibiotiques, le 18 novembre, le Parlement européen continue de plancher sur un projet de résolution pour «combattre les menaces croissantes de la résistance aux antimicrobiens», dédié aussi bien à la médecine humaine qu’animale. Après son adoption à l’unanimité par la commission Envi (environnement, santé publique, sécurité alimentaire), le 6 novembre, le texte sera voté le 10 décembre en session plénière.

Décidément très «résolu» face à l’antibiorésistance, le Parlement avait déjà approuvé un texte sur le sujet fin octobre 2011, émanant aussi de la commission Envi, juste 5 mois après en avoir voté un sur la seule santé animale, de la commission de l’agriculture. Entre autres crédos répétés, le nouveau texte, rédigé par la députée danoise Anna Rosbach (groupe des conservateurs et réformistes européens), «désapprouve fermement» l’usage prophylactique.

Si la tendance est plutôt favorable en France pour les animaux, elle l’est moins en médecine humaine, a révélé mardi l’Institut de veille sanitaire (InVS): après la baisse globale du début des années 2000, l’usage des antibiotiques semble repartir à la hausse. Du côté des bactéries, la résistance aux céphalosporines de 3e génération augmente chez Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae; quant aux résistances à la méticilline, elles sont en baisse chez les staphylocoques dorés.

[1] Alors que les ventes d’antibiotiques sont une donnée brute, l’exposition des animaux constitue un indice plus parlant: elle tient compte de l’évolution de la population animale, ainsi que de la posologie et de la durée d’administration des antibiotiques -toutes deux réduites avec les médicaments plus récents.



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