Antibiorésistance: les ventes d’antibiotiques explosent

Le 28 mars 2018 par Romain Loury
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Des bactéries toujours plus résistantes
Des bactéries toujours plus résistantes
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La consommation d’antibiotiques en médecine humaine s’est envolée de 65% à travers le monde entre 2000 et 2015. Cette hausse, principalement liée aux pays en développement, est associée à l’augmentation du produit intérieur brut (PIB), révèle une étude publiée lundi 26 mars dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas).

 

C’est une menace majeure pour la santé publique mondiale: les antibiotiques, qu’ils soient à visée médicale ou vétérinaire, demeurent bien trop prescrits. Or l’antibiorésistance, contre laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) met régulièrement en garde, est en hausse. Au risque que des maladies jusqu’alors faciles à traiter s’avèrent un jour sans alternative thérapeutique.

La surconsommation d’antibiotiques favorise une résistance des bactéries à ces médicaments, phénomène déjà observé pour plusieurs maladies. Ces pathogènes seraient dès lors plus difficiles à traiter, au risque d’éliminer peu à peu toute alternative thérapeutique. Y compris celles de «dernière ligne»: fin 2015, des chercheurs chinois ont ainsi découvert de premiers germes résistants à la colistine, antibiotique de dernière chance. Depuis, cette résistance, liée à l’utilisation excessive de colistine dans les élevages, s’avère présente dans de nombreux pays.

+39% par tête en 15 ans

Dans leur analyse des ventes d’antibiotiques (2000-2015) de 76 pays, portant uniquement sur la médecine humaine, l’équipe de Ramanan Laxminarayan, du Center for Disease Dynamics, Economics and Policy de Washington, révèle l’ampleur du problème. La consommation de ces médicaments s’est accrue de 65% en 15 ans, passant de 21,1 à 34,8 milliards de doses quotidiennes par an. Rapporté à la population, cela équivaut à une hausse de 39%, soit 15,7 doses quotidiennes par jour pour 1.000 habitants, en 2000, contre 11,3 en 2015.

+77% dans les pays à revenu faible ou intermédiaire

Les pays à revenu faible ou intermédiaire présentent la plus forte hausse, avec une consommation par habitant en hausse de 77% entre 2000 et 2015, contre une baisse de 4% dans les pays à revenu élevé. Bilan: parmi les six plus gros consommateurs d’antibiotiques de 2015, ramené à la population, on compte quatre pays à revenu faible ou intermédiaire (Turquie, Tunisie, Algérie, Roumanie), qui ont détrôné les «champions» de 2000: France, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis.

Une consommation tirée par le PIB

Les chercheurs notent ainsi une convergence entre les deux groupes de pays, avec une hausse de consommation en lien avec celle du PIB. Probablement en raison d’un meilleur accès aux médicaments, mais pas seulement: selon les chercheurs, hausse du PIB rime avec urbanisation, qui facilite la transmission de maladies infectieuses. De plus, la survenue d’épidémies de maladies émergentes virales, donc non bactériennes, comme la dengue et le chikungunya, a pu favoriser des prescriptions inadéquates.

Pour Ramanan Laxminarayan, «il faut agir rapidement et fermement de manière à préserver l’efficacité des antibiotiques. Cela nécessite de réduire leur consommation en favorisant notamment les vaccins, particulièrement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Et il ne servira à rien de mettre au point de nouveaux antibiotiques s’ils sont utilisés de manière inappropriée, une fois mis sur le marché».



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