Antibiorésistance: les oiseaux sauvages aussi

Le 27 juin 2016 par Romain Loury
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Goéland argenté
Goéland argenté

Décrit pour la première fois fin 2015 en Chine, le gène mcr-1, qui confère une résistance bactérienne à un antibiotique crucial pour la santé humaine, a pour la première fois été détecté chez des animaux sauvages. En l’occurrence chez des goélands, en Lituanie et en Argentine.

Observée pour la première fois fin novembre 2015en Chine dans de la viande, mais aussi chez des patients hospitalisés, le gène mcr-1 s’avère présent partout où on le cherche. Et même en France: des travaux conduits par l’Anses[i]ont ainsi révélé sa présence dans des échantillons de viande et dans des élevages (porc, poulet, dinde, veau).

Ce gène confère une résistance à la colistine, antibiotique utilisé en dernière ligne, c’est-à-dire lorsque tous les autres médicaments sont inefficaces. Il est par ailleurs très utilisé dans les élevages, particulièrement en prévention et en traitement des diarrhées chez le porc (adulte, porcelet), ainsi que chez le veau et la volaille. L’apparition de ce gène est donc considérée comme une grave menace pour la santé mondiale.

Après avoir été observé en Asie du sud-est, en Europe et en Afrique, mcr-1 a pour la première fois été décrite aux Etats-Unis, fin mai, chez une femme de 49 ans traitée dans un hôpital de Pennsylvanie, et dans un élevage de porcs. Après les animaux domestiques et l’homme, deux nouvelles études, publiées dans le Journal of AntimicrobialChemotherapy, révèlent qu’il circule aussi dans la faune sauvage.

Deux espèces migratrices

Dans la première, mcr-1 a été découvert dans la bactérie Escherichia coli isolée à partir d’excréments de goélands argentés (Larusargentatus) fréquentant une décharge de Kaunas, deuxième ville de Lituanie -un échantillon positif sur les 117 analysés. Selon les auteurs, «l’eau contaminée par les fientes d’oiseaux pourrait constituer un facteur de risque important de transmission de ces bactéries résistantes».

L’autre étude rapporte la présence de mcr-1, toujours dans E. coli, dans les excréments d’une autre espèce de goéland, le dominicain (Larusdominicanus), cette fois-ci à Ushuaia dans le sud de l’Argentine -5 échantillons positifs sur les 50 analysés. «Le fait que les goélands sont des oiseaux migrateurs, parfois d’un continent à l’autre, indique qu’ils pourraient jouer un rôle dans la dissémination mondiale de ces bactéries», commente l’équipe.

Des expériences menées sur des goélands argentés bagués en Lituanie ont en effet révélé des déplacements hivernaux vers de nombreux pays européens, du moins ceux situés sur la façade atlantique, du Portugal à la Scandinavie en passant par la France, le Royaume-Uni et le Benelux.

A paraître en septembre dans la revue EmergingInfectiousDiseases, éditée par les Centres pour le contrôle et de prévention des maladies (CDC), une étude chinoise révèle la présence d’E. coli porteuses de mcr-1 chez un employé d’animalerie, dans laquelle plusieurs chats et chiens étaient positifs pour cette bactérie. Ce qui, pour la première fois, démontre la possibilité d’un transfert de l’animal à l’homme.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



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