Antibiorésistance: les failles du plan de la FDA

Le 10 décembre 2014 par Romain Loury
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Un plan trop flou?
Un plan trop flou?

Aux Etats-Unis, le plan de la Food and Drug Administration (FDA) afin d’empêcher l’usage des antibiotiques comme promoteurs de croissance dans les élevages laisse encore trop de marge aux laboratoires, estime l’association Pew Charitable Trusts. En cause, une frontière floue avec leur usage prophylactique.

Face au risque engendré par l’antibiorésistance et aux pressions de nombreuses associations, la FDA a lancé en décembre 2013 un plan visant à interdire l’usage des antibiotiques comme promoteurs de croissance. Mais contrairement à l’Union européenne qui interdit cette pratique depuis 2006, les Etats-Unis font appel à une démarche volontaire des laboratoires.

Résultat: trois mois plus tard, 25 des 26 laboratoires produisant 99,6% des antibiotiques présents sur le marché s’étaient engagés à retirer de leur produit toute indication relative à la production de l’élevage. A priori un succès, mais seulement apparent, dénonce Pew Charitable Trusts près d’un an après le lancement du plan.

Selon l’association, les mesures prônées par la FDA comportent de nombreuses failles, qui laissent la possibilité aux éleveurs de continuer à utiliser ces produits pour engraisser leurs animaux. C’est ce qui ressort de son analyse de la nouvelle notice de 287 antibiotiques.

Aucune durée de traitement indiquée

Parmi eux, 66, tous jugés importants pour la santé humaine, étaient indiqués en prévention des maladies (donc en leur absence) à des doses similaires à celles utilisées comme promoteurs de croissance, sans aucune durée de traitement spécifiée.

Pour 26 autres produits, la notice signale même qu’ils permettent un maintien du poids en présence de maladies. Or «malgré cette référence, la FDA ne considère pas que cet usage s’apparente à de la promotion de croissance», déplore Pew Charitable Trusts, qui demande à l’agence de muscler son plan.

«Même si ce plan était entièrement réalisé, des douzaines de produits pourraient continuer à être ajoutés à l’alimentation ou à l’eau des animaux, toute leur vie, en l’absence de menace bactérienne spécifique», commente Gail Hansen, spécialiste de l’agriculture industrielle au sein de l’association.

2 millions d’Américains touchés chaque année

Selon les centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), les bactéries antibiorésistantes toucheraient chaque année au moins 2 millions d’Américains, et en tueraient 23.000, pour un coût sanitaire estimé à 20 milliards de dollars (16 Md€) (voir le JDSA).

De son côté, la Commission européenne s’apprête à interdire l’usage préventif des antibiotiques, avec son projet de règlement «concernant la fabrication, la mise sur le marché et l’utilisation d’aliments médicamenteux pour animaux» publié en septembre (voir le JDLE).

En France, un bilan publié début novembre par l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) montre un recul continu de l’exposition des animaux aux antibiotiques ces dernières années. Pour la première fois en 2013, ceux jugés critiques pour la santé humaine (céphalosporines et fluoroquinolones) ont enregistré une baisse (voir le JDLE).



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