Antibiorésistance: les élevages français sont aussi touchés

Le 12 février 2016 par Romain Loury
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mcr-1 aime la dinde française
mcr-1 aime la dinde française
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Décrite fin 2015 en Chine, l’inquiétante mutation mcr-1, qui confère une résistance à un antibiotique crucial pour la santé humaine, est bel et bien présente dans l’élevage français, révèle une nouvelle étude menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses).

C’est ce qui s’appelle une découverte fulgurante: décrite pour la première fois fin novembre 2015 dans de la viande chinoise, mais aussi chez des patients hospitalisés, la mutation mcr-1 s’avère depuis présente partout où on la cherche, sur les cinq continents. Et même en France, comme l’a révélé en décembre une étude menée par l’Anses sur des échantillons de salmonelles isolées sur de la viande.

Si l’antibiorésistance inquiète autant les autorités sanitaires, c’est que ce phénomène atteint un tel niveau qu’il pourrait bientôt rendre de nombreux antibiotiques totalement inefficaces en santé humaine.

De plus en plus, les médecins doivent recourir à des médicaments qui n’étaient quasiment plus utilisés, dont la colistine, depuis peu cruciale pour lutter contre les souches bactériennes multirésistantes. Or la colistine est aussi un médicament très utilisé dans les élevages, particulièrement en prévention et en traitement des diarrhées chez le porc (adulte, porcelet), ainsi que chez le veau et la volaille.

Malgré les appels à réfréner son usage, de la part de l’Agence européenne du médicament (EMA) en 2013 et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2012, rien n’a changé. La découverte de la mcr-1, qui s’est mondialisée avant même qu’on ait pris connaissance de son existence, est donc considérée comme une grave menace pour la santé mondiale.

5,9% d’E. coli positifs chez la dinde

Publiée jeudi 11 février dans le bulletin du Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (ECDC), Eurosurveillance, une nouvelle étude de l’Anses (Laboratoire de Fougères, Ille-et-Vilaine) révèle une fréquence élevée de la mutation mcr-1 dans les élevages français. Menée sur 1.696 isolats d’Escherichia coli, elle montre que 5,9% des 239 souches prélevées sur des dindes en 2014 étaient résistantes à la colistine, toutes du fait de mcr-1.

Toujours cette année-là, 1,8% des 227 souches provenant de poulets étaient aussi porteuses de mcr-1, contre 1,6% des 193 prélevées en 2013. En 2012, aucune des 395 souches d’E. coli, aussi bien issues de porcs que de poulets, n’était positive. Selon une autre étude de l’Anses, publiée en janvier et menée chez le veau, c’est en 2005 que l’on retrouve pour la première fois la présence de mcr-1 en France.

Suite à l’avalanche de rapports sur le sujet, issus d’un nombre croissant de pays, l’Agence européenne du médicament (EMA) s’est décidée à revoir son dernier avis sur l’usage de la colistine en médecine vétérinaire, publié en 2013: elle y recommandait de ne réserver le médicament qu’au traitement des animaux malades et de ceux en contact avec eux, mais de bannir tout usage préventif –un avis qui n’était en rien contraignant. De nouvelles recommandations devraient être publiées dans les six prochains mois, a annoncé l’agence mi-janvier.

Jeudi 11 février, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a publié son nouveau rapport annuel sur l’antibiorésistance dans l’UE. Sans surprise, la situation continue à se dégrader. Notamment pour de banales infections alimentaires: 60,2% des campylobactérioses, les plus courantes, sont résistantes à la ciprofloxacine. Et 26% des salmonelloses sont qualifiées de multirésistantes aux antibiotiques.



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