Antibiorésistance: le surf, un sport dangereux

Le 15 janvier 2018 par Romain Loury
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Surf sur des E. coli résistantes
Surf sur des E. coli résistantes

Les bactéries antibiorésistantes sont partout, y compris dans nos eaux côtières. Habités à boire la tasse, les surfeurs en sont particulièrement imprégnés, révèle une étude britannique publiée dans la revue Environment International.

Du fait de l’usage excessif d’antibiotiques, aussi bien en médecine humaine que dans les élevages, les bactéries, dont de nombreuses pathogènes, sont de plus en plus résistantes à ces médicaments essentiels. Craignant la recrudescence de maladies plus difficiles à traiter, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a maintes fois sonné l’alarme à ce sujet, évoquant le risque d’une crise sanitaire mondiale.

Si la transmission peut avoir lieu via l’alimentation, l’eau, lors de séjours à l’hôpital ou à l’étranger, on en sait encore peu sur les sources environnementales des bactéries antibiorésistantes. Pour la première fois, une étude, menée par Anne Leonard, du Centre européen de santé humaine et environnementale à l’université d’Exeter, et ses collègues révèle qu’elles peuvent s’attraper lors d’un bain en mer. Un risque particulièrement élevé chez les personnes qui avalent le plus d’eau, à savoir les surfeurs.

Les surfeurs 4 fois plus contaminés

Intitulée Beach Bum Survey, cette étude s’est penché 150 surfeurs et 130 contrôles (non-surfeurs), analysant la présence dans leur flore intestinale de bactéries Escherichia coli résistantes aux antibiotiques. L’analyse des échantillons, prélevés par écouvillon rectal, révèle une plus grande prévalence chez les surfeurs, du fait de leur plus grande exposition à cette eau contaminée.

Selon les résultats, 9,1% des surfeurs sont contaminés par une souche résistant à l’antibiotique céfotaxime, contre 3,1% des contrôles, soit un risque multiplié par 2,95. Le risque est même multiplié par 4,09 lorsque les chercheurs analysent la présence de souches porteuses du plasmide  blaCTX-M, petite molécule d’ADN circulaire porteuse de gènes d’antibiorésistance.

Menace pour la santé publique

Si la bactérie ne rend pas malade en elle-même, elle peut transmettre son gène à d’autres, pathogènes, qui deviendraient de facto plus difficiles à éliminer. Outre la menace pour leur propre santé, ces personnes porteuses peuvent répandre cette résistance dans la population, accroissant le danger pour les personnes vulnérables (immunodéficientes, âgées, nourrissons, etc.).

«L’antibiorésistance est reconnue comme l’un des plus grands défis à la santé mondiale de notre époque. La façon dont elle peut être transmise par l’environnement fait désormais l’objet d’une plus grande attention. Cette étude est la première de son genre à identifier entre le surf et la colonisation de l’intestin par des bactéries antibiorésistantes», commente Anne Leonard.



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