Antibiorésistance: le pire pour bientôt?

Le 24 mars 2015 par Romain Loury
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Les porcs, premiers consommateurs
Les porcs, premiers consommateurs

Plus de viande, élevages de plus en plus intensifs… d’ici 2030, la consommation mondiale d’antibiotiques par les animaux de rente pourrait s’élever de 67%, au risque de favoriser encore plus d’antibiorésistance, selon une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). Premiers concernés par cette nouvelle menace sanitaire, les pays émergents.

Dans les pays industrialisés, trois quarts des antibiotiques sont consommés par les animaux d’élevage. Pas uniquement pour traiter les animaux malades: la plupart de ces médicaments sont administrés en prévention, voire comme promoteurs de croissance. Or ces deux derniers usages nécessitent des doses sous-thérapeutiques, ce qui favorise l’émergence de bactéries antibiorésistantes.

Problème: les antibiotiques utilisés chez l’animal sont souvent les mêmes que ceux utilisés en médecine humaine. Alors que la recherche de nouveaux antibiotiques, peu lucrative, ne fascine plus l’industrie pharmaceutique, de nombreux experts s’inquiètent de la hausse de l’antibiorésistance. Celle-ci pourrait compromettre l’efficacité de nombreux médicaments, véritable menace pour la santé mondiale.

Or malgré les efforts européens et américains pour lutter conter l’excès d’antibiotiques [1], la situation mondiale ne devrait pas s’améliorer, juge l’équipe de Ramanan Laxminarayan, de l’Institut environnemental de Princeton (New Jersey), dans la revue Pnas. Dans leur étude, première modélisation de l’usage d’antibiotiques à l’échelle mondiale, les chercheurs prévoient en 2030 une hausse de 67% de la consommation par les élevages, soit 106.000 tonnes contre 63.000 tonnes en 2010.

Les BRICS au premier plan

Les deux tiers de cette augmentation s’expliqueraient uniquement par l’augmentation du nombre de têtes, le tiers restant par l’intensification de l’élevage, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire dont la consommation de viande est en pleine expansion. Parmi eux, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), où la consommation d’antibiotiques devrait doubler entre 2010 et 2030, une hausse 7 fois plus rapide que leur croissance démographique.

Si les chercheurs reconnaissent le caractère très approximatif de ces projections (non-prise en compte des politiques de réduction, aquaculture laissée de côté, etc.), ces chiffres révèlent l’ampleur qu’aura, dans quelques années, un problème déjà jugé majeur pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La situation pourrait être particulièrement catastrophique dans les pays émergents, dont l’Inde et la Chine, grands consommateurs d’antibiotiques qui n’encadrent pas leur usage dans la filière animale.

[1] L’Union européenne a interdit leur usage comme promoteurs de croissance en 2006, et s’apprête à en faire autant pour les prémélanges médicamenteux utilisés en prévention. Les Etats-Unis y vont plus lentement, avec un appel volontaire à mettre fin au premier de ces usages.



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