Antibiorésistance: la menace se fait plus pressante

Le 21 décembre 2015 par Romain Loury
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mcr-1, grave menace pour la santé publique
mcr-1, grave menace pour la santé publique
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Décrite en novembre par une équipe chinoise, une inquiétante résistance à la colistine, antibiotique utilisé en dernier recours contre les infections, serait déjà présente sur tous les continents. Pour les infectiologues, il devient plus qu’urgent d’interdire son utilisation dans les élevages.

Fin novembre, des chercheurs chinois faisaient état d’un gène de résistance aux antibiotiques jusqu’alors inconnu, dénommé mcr-1, chez plus de 20% des porcs à l’entrée de l’abattoir, mais aussi chez des patients hospitalisés. Une situation d’autant plus inquiétante que le médicament concerné, la colistine, connaît un récent retour en grâce en médecine humaine, où il est utilisé en dernier recours, lorsque la maladie ne répond plus à aucun autre antibiotique.

Or la colistine est abondamment utilisée dans les élevages, et pas seulement en Chine. En Europe, la famille des polymyxines, à laquelle elle appartient, constitue ainsi la 5e classe la plus vendue d’antibiotiques, avec 4,5% des ventes d’antibiotiques en 2010. Ils y sont surtout utilisés pour la prévention et le traitement des diarrhées chez le porc (adulte, porcelet), ainsi que chez le veau et la volaille. Malgré les appels de l’Agence européenne du médicament (EMA) en 2013 et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2012 à réfréner son usage, rien n’a changé.

Dans leur étude, l’équipe chinoise faisait d’ores et déjà état de cas suspects au Laos et en Malaisie, faisant craindre une propagation à l’échelle mondiale. Il semble qu’on y soit déjà, et pas qu’un peu. Suite à cette étude, plusieurs équipes ont écumé leurs bases de données à la recherche de mcr-1 et leurs résultats, publiés sous forme de cinq courriers adressés à la revue Lancet Infectious Diseases, sont plus qu’inquiétants. Outre l’Asie, ce gène serait déjà présent en Afrique, en Amérique du Sud, mais aussi en Europe… notamment en France.

Au moins quatre épisodes en France

Cosignée par des chercheurs de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), l’une de ces «correspondances» à la revue britannique révèle que mcr-1, de séquence 100% identique à la souche chinoise, était porté par au moins quatre salmonelles identifiées entre 2012 et 2013. La bactérie était présente dans des produits à base de volaille, dans des chipolatas et dans des fermes, dans les départements de l’Ain, du Nord, du Morbihan et de la Vendée.

«Nos résultats renforcent l’idée qu’il faut revoir l’alimentation médicamenteuse [utilisée dans les élevages en prévention des maladies, ndlr] en usage vétérinaire au niveau mondial. Des efforts de gestion doivent être entrepris pour préserver l’efficacité des agents antimicrobiens –aussi bien pour maintenant que pour l’avenir», concluent les auteurs.

Une autre équipe révèle la présence de bactéries porteuses de mcr-1 dans la flore intestinale de touristes néerlandais, dont l’un revenant d’un périple en Asie du Sud-Est (Thaïlande, Vietnam, Cambodge, Laos), deux de retour d’Amérique du Sud (Pérou, Bolivie, Colombie) et un autre de Tunisie. Une autre étude confirme sa présence chez l’homme au Laos et en Thaïlande, ainsi que dans un élevage de volailles en Algérie.

Pour les auteurs de cette dernière étude, également français, il est évident que «la résistance à la colistine s’est propagée en dehors de la Chine jusqu’aux pays voisins d’Asie du Sud-est, et encore plus loin jusqu’en Afrique, où la  colistine est abondamment utilisée dans l’élevage [et même en Europe, où ces chercheurs n’ont pas trouvé d’échantillon positif, ndlr]». Face à cette rapide propagation mondiale, «il faut agir rapidement pour restreindre ou interdire l’usage agricole de la colistine», concluent-ils.



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