Antibiorésistance: la FDA s’attaque aux céphalosporines

Le 11 janvier 2012 par Romain Loury
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La Food and Drug Administration (FDA) a décidé de limiter l’usage chez les animaux d’élevage d’une classe particulière d’antibiotiques, les céphalosporines, mesure visant à lutter contre l’antibiorésistance.
 
Objectif de l’agence américaine: préserver l’efficacité de ces médicaments chez l’homme. Entre autres maladies, ils sont utilisés contre les pneumonies, les infections cutanées et urinaires, explique la FDA dans un communiqué.
«Si les céphalosporines perdaient leur efficacité contre ces maladies, les médecins devraient recourir à des médicaments qui ne sont pas aussi puissants ou ayant plus d’effets indésirables», ajoute-t-elle. Une crainte tenace chez les spécialistes de santé publique, et pour toutes les classes d’antibiotiques.
 
A compter du 5 avril, la FDA va interdire tout usage non explicitement autorisé des céphalosporines, que ce soit en termes de dose, de fréquence, de durée ou de voie d’administration. Des mesures qui ne s’appliquent qu’aux 4 principaux types d’élevage (bétail, porc, poulet, dinde), pas aux autres (lapin, canard, etc.). Autre exception, la céphapirine, médicament ancien, ne fera l’objet d’aucune restriction, car elle ne contribue pas «de manière significative à l’antibiorésistance».
 
Point majeur, il sera désormais interdit d’utiliser les céphalosporines en prévention des maladies. Dans les faits, cela ne laisse plus d’autre possibilité que de les utiliser dans un but thérapeutique, usage auquel plusieurs ONG souhaiteraient limiter l’ensemble des antibiotiques [1].
 
Si certaines d’entre elles, dont Pew Charitable Trusts, ont salué ce geste, d’autres le jugent timide. D’autant plus que, selon des chiffres 2010 de la FDA, les céphalosporines ne constituent que 0,2% des ventes d’antibiotiques utilisés chez l’animal! Bien loin derrière les tétracyclines (42,2%) et les pénicillines (6,6%).
 
Ces mesures «sont clairement nécessaires, mais elles ne vont pas encore assez loin, et il est déjà trop tard pour les prendre», a ainsi jugé la directrice en charge de l’alimentation au Center for Science in the Public Interest (CSPI), Caroline Smith DeWaal, dans un communiqué de l’ONG.
 
En novembre dernier, la FDA a rejeté deux pétitions du CSPI et d’autres associations, qui lui demandaient d’interdire l’usage de tout antibiotique en prévention ou comme promoteurs de croissance (voir le JDLE). En réponse, l’agence s’affirmait décidée à favoriser «l’usage judicieux» de ces médicaments, mais sans recours à la contrainte.
 
Le débat sur un usage mieux raisonné des antibiotiques semble plus avancé en Europe. Dans une résolution adoptée fin octobre (voir le JDLE), le Parlement a proposé d’interdire leur usage préventif. Quant à leur usage comme promoteurs de croissance, il est interdit depuis 2006.
 
[1] Si la FDA ne le mentionne nulle part dans son communiqué, l’utilisation des céphalosporines comme promoteurs de croissance des animaux –cet usage des antibiotiques n’est pas interdit aux Etats-Unis- sera de facto impossible.


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