Antibiorésistance: la FDA croit aux bonnes volontés

Le 23 novembre 2011 par Romain Loury
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La Food and Drug Administration (FDA) a rejeté deux pétitions la sommant d’interdire l’usage animal d’antibiotiques à des doses subthérapeutiques, se montrant réticente à contraindre les éleveurs et l’industrie pharmaceutique.

Dans ces deux pétitions de 1999 et 2005, plusieurs associations exigeaient de l’agence qu’elle interdise l’usage d’antibiotiques comme promoteurs de croissance et en prévention des maladies, pour ne plus l’autoriser que dans un but thérapeutique. Sans réponse de la FDA, elles ont même été jusqu’à porter plainte contre elle en mai dernier [JDLE].

Raison de cette inquiétude: les médicaments utilisés à des doses subthérapeutiques, souvent mélangés à l’eau et à la nourriture, suscitent des résistances chez les bactéries. Avec le risque de compromettre l’efficacité de ces antibiotiques chez l’homme, un problème de santé publique jugé majeur.

Dans une réponse à chacune de ces pétitions (1999 (http://cspinet.org/new/pdf/citizen-petition-1999-denial.pdf) et 2005 (http://cspinet.org/new/pdf/denial-of-2005-petition.pdf)), la FDA se réfugie derrière «les longs délais et les ressources importantes» que lui demanderaient ces procédures. «Le retrait des usages approuvés de l’antibiotique enrofloxacine chez la volaille a pris près de 5 ans et coûté environ 3,3 millions de dollars (2,47 millions d’euros) à la FDA», explique-t-elle.

Décidée à «promouvoir l’usage judicieux» des antibiotiques, la FDA a publié en juin 2010 des recommandations (http://www.fda.gov/downloads/animalveterinary/guidancecomplianceenforcement/guidanceforindustry/ucm216936.pdf) sur le sujet. Deux principes directeurs: primo, leur utilisation devrait «se limiter aux usages jugés nécessaires pour la santé animale»; deuxio, elle ne devrait avoir lieu que «sous la supervision ou la consultation d’un vétérinaire».

S’agissant uniquement de recommandations, il n’y a là aucune contrainte pour les éleveurs et les fabricants de médicaments vétérinaires. Ce qui n’empêche pas la FDA de «croire que l’industrie pharmaceutique animale est généralement très volontaire lorsqu’il s’agit de collaborer sur ces principes», affirme-t-elle.

Un avis que ne partage pas l’un des signataires de la pétition de 1999, le Center for Science in the Public Interest (CSPI). «Cela fait longtemps que l’industrie ne coopère pas de manière volontaire, la FDA devrait agir de manière plus directive. Les consommateurs ne peuvent pas attendre une nouvelle décennie», estime l’association dans un bref communiqué.

Selon un article récemment publié dans les Clinical Microbiology Reviews, les antibiotiques sont 8 fois plus souvent utilisés dans un but non thérapeutique que pour traiter un animal malade aux Etats-Unis.
 
Dans l’Union européenne, l’usage des antibiotiques comme promoteurs de croissance est interdit depuis 2006, mais il persiste pour la prévention des maladies. Dans une résolution (http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2011-0473+0+DOC+XML+V0//FR) approuvée fin octobre, le Parlement européen a demandé à ce que soit également interdit ce dernier usage.
 


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