Antennes-relais et santé: un désaccord persistant

Le 08 avril 2009 par Sabine Casalonga
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La divergence des avis sur l’effet sanitaire des antennes entre opérateurs, scientifiques et associations a été remise en lumière lors de l’audition organisée lundi par l’Opecst (1). Dans ce contexte, sont prônés un renforcement du dialogue et une prise de position de l’Etat. La table ronde du 23 avril devra répondre à ces attentes.

Les ondes sont encore brouillées entre les acteurs concernés par la téléphonie mobile. Au cœur du conflit, la question de l’impact sanitaire des antennes-relais. Pour Denis Zmirou, professeur de santé publique à la faculté de médecine de Paris, des effets existent mais il s’agit «de troubles psychosomatiques se manifestant chez des personnes ayant un stress élevé, qu’elles soient ou non exposées aux ondes». Le scientifique rappelle que le niveau d’exposition aux ondes électromagnétiques d’une antenne est «le plus souvent faible, toujours inférieur aux normes en vigueur et très en deçà de l’exposition associée à l’utilisation d’un téléphone mobile». Ce à quoi Marc Cendrier de l’association Robin des Toits rétorque que «la question centrale est la durée d’exposition». Il est vrai que les limites d’exposition actuelles (2) ne prennent en compte que l’effet thermique des ondes et non pas un éventuel effet à long terme que «la plupart des études n’ont pas évalué», confirme Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association santé environnement de Provence (Asep).

Les associations militant pour un abaissement du seuil d’exposition s’appuient sur le rapport BioInitiative, dont Cindy Sage est l’une des co-auteurs (3) et qui montrerait l’existence d’effets biologiques «non thermiques». L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Commission internationale sur la radioprotection non ionisante (ICNIRP) ont cependant refusé de le commenter, jugeant qu’il ne s’agissait pas d’un rapport «scientifique». André Aurengo (4), chef du service de médecine nucléaire de l’hôpital Salpêtrière et membre de l’Académie de médecine, qui juge les résultats de ce rapport «contradictoires et incohérents», rappelle que «le seul effet reconnu des antennes-relais est celui de l’échauffement thermique, pour lequel une exposition durant 24 heures à un champ d’1 volt par mètre (V/m) généré par une antenne correspond à celle d’un téléphone mobile durant 30 secondes».

Pourtant, certains scientifiques et professionnels de santé ne sont pas aussi catégoriques et mettent en avant d’autres mécanismes potentiels. «De nombreuses études ont établi des effets biologiques des ondes sur les protéines de stress, le système immunitaire, les marqueurs d’inflammation et sur la mélatonine, une hormone impliquée dans le cycle veille/sommeil», déclare ainsi le cardiologue Pierre Souvet. Quant à Joël de Rosnay, docteur ès sciences et conseiller du président de la Cité des sciences, il fait remarquer que «le ‘brouillard électromagnétique’ dans lequel nous baignons fait partie des nombreux facteurs capables d’influer sur les hormones et de moduler l’expression des gènes [effet épigénétique]». Mais les études manquent pour évaluer l’effet cocktail de l’exposition à de multiples facteurs de risque environnementaux.

Dans ce contexte d’incertitude, les associations soutiennent l’application du principe de précaution et la révision des seuils d’exposition à 0,6 V/m, une valeur qui ne reposerait toutefois «sur aucun effet fondé», selon André Aurengo. Un seuil à 3 V/m pour les antennes à 900 MHz, semble toutefois atteignable puisqu’il sera instauré dans la région de Bruxelles d’ici le 15 septembre, conformément au vote du Parlement belge en 2007. «La faisabilité économique et technique n’est plus contestée par les opérateurs. Leur plus mauvais scénario fait état de l’installation de 40% d’antennes supplémentaires», précise Joël Solé, représentant du ministre de l’environnement de la région de Bruxelles capitale. Le 2 avril le Parlement européen a adopté une résolution en faveur de la révision du seuil actuel (5). «En l’absence de base scientifique, une révision de la limite d’exposition recommandée par l’UE n’est pas envisageable», a cependant indiqué Bernardo Delogu, représentant de la Commission européenne. L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et de travail (Afsset ) publiera en septembre son rapport d’expertise sur les radiofréquences assorti de recommandations relatives à la gestion des risques.

Lors de la table ronde sur la gouvernance, les intervenants se sont accordés sur la nécessité de renforcer le dialogue entre les acteurs. Pour Jean-Marie Danjou, délégué général de l’Association française des opérateurs de mobiles (Afom), «face au décalage grandissant entre les avis des agences et l’opinion publique, il est urgent que le gouvernement apporte des réponses claires». Danièle Salomon, sociologue au CNRS, invite «la science institutionnelle à s’ouvrir et à s’appuyer davantage sur les professionnels de santé de terrain». «Pour un débat apaisé, il vaudrait mieux qu’il n’existe pas de lien direct entre experts et opérateurs», souligne pour sa part Stéphane Kerckhove d’Agir pour l’environnement.

Les défis du ‘Grenelle des ondes’ prévu le 23 avril prochain seront donc nombreux. Et les incertitudes sur son périmètre (Wi-max) et ses intervenants (associations familiales de consommateurs et syndicats) doivent être rapidement levées.


(1) L'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques
(2) 41 volts/mètre (V/m) pour les GSM (900 MHz), 58 V/m pour les DCS (1.800 MHz) et 61 V/m pour l’UMTS (2.100 MHz) selon la recommandation européenne 1999/519/CE
(3) Cindy Sage, membre de la société de bioélectromagnétisme est responsable d’une société de conseil en environnement offrant des services et produits de protection contre les champs électromagnétiques (http://www.silcom.com/~sage/emf/monitoring.html).
(4) André Aurengo est membre du conseil d’administration de Bouygues Telecom (non rémunéré) et de celui d’EDF, et exerce ponctuellement du conseil auprès de l’Afom
(5) Dans le JDLE «Ondes électromagnétiques: les eurodéputés pour la réduction des seuils»
(6) Dans le JDLE «Antennes-relais: le pic d’exposition ne se situe pas sous la source»


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