Amphibiens: un remède aussi efficace qu’inquiétant

Le 18 novembre 2015 par Romain Loury
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Remède de cheval pour le crapaud accoucheur
Remède de cheval pour le crapaud accoucheur
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Un espoir pour les amphibiens du monde entier? Des chercheurs britanniques et espagnols font état, dans les Biology Letters, de la première tentative réussie de contrôler le Batrachochytrium dendrobatidis sur le terrain. Problème: pas évident que les traitements utilisés, dont un désinfectant agricole, soient très bons pour l’environnement.

Parmi les nombreux dangers qui guettent les amphibiens, en déclin généralisé à travers le monde, le champignon Batrachochytrium dendrobatidis a été observé pour la première fois en 1998 en Australie et en Amérique centrale, s’étendant par la suite aux autres continents dont l’Europe. Les recherches s’accentuent pour éliminer ce pathogène, qui affecterait plus de 700 espèces d’amphibiens, avec des résultats pour l’instant très préliminaires.

Or pour la première fois, une équipe rassemblant des chercheurs du Musée national des sciences naturelles de Madrid, de l’Imperial College et de l’Institut de zoologie de Londres, annonce être parvenue à éliminer la maladie sur le terrain, sans que celle-ci ne soit pour l’instant réapparue. Mais ces travaux n’ont pas été sans déconvenue.

Oeuvrant sur des étangs de Majorque, plus grande île des Baléares, les chercheurs ont d’abord récupéré des têtards du crapaud accoucheur (Alytes muletensis) au printemps, les ont mis dans des aquariums, et leur ont administré pendant une semaine un traitement quotidien par le fongicide itraconazole.

Pendant ce temps, ils ont vidé les étangs -qui de toute façon s’assèchent en été-, les ont laissé se remplir naturellement par les pluies automnales, avant de réintroduire les jeunes grenouilles, débarrassées du champignon.

Fongicide + désinfection de l’étang

Pas de chances pour les amphibiens, dont l’exil forcé n’aura servi à  rien: au printemps suivant, le niveau d’infection dans l’étang était le même qu’avant traitement.

Les chercheurs ont alors recouru à une méthode encore moins douce: outre le traitement ex situ des têtards et l’assèchement des étangs, ils ont traité le lieu avec un produit désinfectant, le Virkon S, appliqué aux alentours des points d’accouplement.

Deux ans après le traitement, Batrachochytrium dendrobatidis n’était toujours pas revenu dans 4 des 5 étangs traités. Un résultat inédit, mais qui n’empêche théoriquement pas la réintroduction du champignon par d’autres étangs, ou l’arrivée d’autres pathogènes d’amphibiens, notent les chercheurs.

Un produit nocif pour les organismes aquatiques

Ceux-ci en conviennent: le Virkon S «est un produit chimique dont l’usage environnemental est controversé, et que nous n’avons utilisé qu’en raison de la situation urgente du crapaud accoucheur à Majorque». D’où la nécessité de s’assurer qu’il n’entraîne pas trop de dégâts collatéraux sur d’autres organismes aquatiques.

Commercialisé par DuPont, ce produit, aux propriétés virucides, bactéricides et fongicides, est utilisé dans l’élevage agricole pour traiter les locaux, le matériel d’élevage et de transport, afin d’éviter la survenue de maladies animales, dont la fièvre aphteuse.

Constitué de plusieurs sels inorganiques, ce produit est certes biodégradable, mais «nocif pour les organismes aquatiques», selon sa notice d’utilisation. Son rejet dans l’environnement doit être limité, et ne doit se faire que dans les réseaux d’eaux usées.

Le Virkon S est bien connu des opérateurs de terrain œuvrant dans le contrôle des maladies des amphibiens : il est recommandé pour désinfecter l’équipement (bottes, épuisettes, etc.) avant toute sortie sur le terrain, ainsi qu’avant de passer d’un étang à l’autre, afin d’empêcher la propagation des maladies.



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