Amiante: vive polémique autour d’une mine pyrénéenne de tungstène

Le 04 janvier 2016 par Romain Loury
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La mine de Salau, ouverte de 1971 à 1986
La mine de Salau, ouverte de 1971 à 1986

La mine de tungstène de Salau (Ariège), fermée en 1986, reverra-t-elle le jour? A l’origine d’une demande de permis de recherche, la société Variscan Mines vise au moins 25 ans d’exploitation, tandis que certains riverains y sont très opposés. Du côté de la préfecture, on promet de peser le pour et le contre. Notamment sanitaire, alors que les opposants au projet évoquent la présence d’amiante.

Après seulement 15 ans d’exploitation, la mine de Salau, dans les Pyrénées ariégeoises, a fermé en 1986, en raison de l’effondrement des cours du tungstène lié à la concurrence chinoise. Or la société française Variscan Mines, à capitaux australiens, se montre très intéressée par la reprise du site, et a déposé en novembre 2014 une demande de permis exclusif de recherche.

Jugé acceptable par la préfecture de l’Ariège, le dossier est désormais entre les mains du ministère de l’industrie, qui devrait livrer sa réponse «début 2016», indiquait fin décembre 2015 la préfète de l’Ariège, Marie Lajus, contactée par le JDLE. En l’état, cela n’ouvre pas le droit à Variscan d’exploiter la mine: il faudra pour cela un autre permis, d’autorisation de travaux.

L’éventuelle réouverture de la mine de Salau devrait donc prendre «plusieurs années, au moins cinq ans, c’est de cet ordre-là», estime Marie Lajus. Selon elle, cette étape de demande d’exploitation, «beaucoup plus exigeante» que celle de permis exclusif de recherche, devra s’accompagner d’une étude d’impact, d’une enquête publique et d’une recherche d’amiante.

Amiante ou pas amiante?

Car c’est là que le bât blesse: dans un courrier envoyé mi-décembre à la préfète de l’Ariège, Annie Thébaud-Mony, chercheure en santé publique à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (Iris, université Paris 13), et par ailleurs présidente de l’association Ban Asbestos France, évoque un risque amiante élevé dans la mine de Salau. Et la région regorgerait d’amphiboles, «catégorie d’amiante considérée comme la plus dangereuse», en particulier d’actinolite.

Plusieurs anciens travailleurs de la mine ont d’ailleurs développé des maladies liées à l’amiante, dont des asbestoses, des silicoses et des cancers bronchopulmonaires. Et en juillet 2014, le conseil municipal de Couflens, commune qui abrite le hameau de Salau, s’est prononcé à l’unanimité contre la réouverture de la mine. Et ce sur fond de lutte entre deux associations locales, l’une fermement opposée au projet, jugé par l’autre comme une opportunité de renaissance économique.

Contacté lundi 4 janvier par le JDLE, le directeur général de Variscan Mines, Michel Bonnemaison, s’insurge contre l’idée d’un risque sanitaire pour la population et les travailleurs, qui selon lui «relève du fantasme». Si la région contient bel et bien des amphiboles, dont de l’actinolite, il ne s’agit pas d’actinolite-amiante (de forme fibrillaire), mais de cristaux plus gros, sans risque pour la santé.

Un ping-pong argumentaire

A moins que, sous l’action mécanique des travaux miniers, ces cristaux ne dégagent des fragments de clivage de structure proche de l’amiante. Mais ceux-ci seront neutralisés par pulvérisation d’eau lors des travaux, avance Michel Bonnemaison. Quant à l’amiante, la mine de Salau n’en recèle «pas la moindre trace», selon des travaux menés par des experts des universités d’Orléans et de Jussieu (Paris).

Selon Michel Bonnemaison, les cas de maladies liées à l’amiante parmi d’anciens travailleurs ne sont pas à mettre en cause: il y avait bien de l’amiante dans la mine, mais il provenait des freins des engins. Et parmi les anciens mineurs figuraient «beaucoup de Marocains», pays où les mines sont en effet remplies d’amiante, explique Michel Bonnemaison.

Les deux explications sont irrecevables selon Annie Thébaud-Mony, qui estime qu’aucune n’exclut le rôle de l’amiante contenue par la mine de Salau. Ce à quoi Variscan répondra que la mine ne contient pas d’amiante… en un joli mouvement perpétuel des arguments. Pour mieux trancher, Marie Lajus indique qu’elle «sollicitera la mise en œuvre d’une expertise tierce, autre que celle de Variscan, et qui ne soit pas liée aux intérêts miniers français».

Quel impact économique?

La santé n’est que l’un des enjeux posés par la mine. Contacté fin décembre par le JDLE, Jean-Paul Arseguet, président de l’association «Couflens-Salau demain», celle opposée à la réouverture de la mine, estime que «cela va détruire tout le contexte économique du pays» qui s’est développé après 1986. Une activité avant tout liée au pastoralisme, à l’artisanat et au tourisme: «beaucoup de touristes viennent ici, et ces gens ne viendront plus dans un paysage défiguré par les mines», craint-il.

La région de Salau est «tellement reculée et désertique qu’elle ne dispose pas d’économie touristique réelle, à l’exception de quelques randonneurs: la vérité, c’est que la vallée meurt lentement», rétorque Michel Bonnemaison. Selon lui, la mine, également soutenue par un groupe de riverains, devrait au contraire créer 150 emplois directs, et «quatre emplois indirects induits» pour chacun d’entre eux.

Face à des points de vue aussi irréconciliables, Marie Lajus veut assurer «une mission de vigilance et d’équilibre entre l’ensemble des enjeux, environnementaux, patrimoniaux, économiques et sanitaires [qui feront l’objet de l’étude d’impact prévue par la demande d’autorisation de travaux, ndlr]. Nous ne devons en oublier aucun, il est certain qu’ils peuvent être contradictoires».

Variscan vise au moins 25 ans d’exploitation

Une fois le permis exclusif de recherche obtenu, quelles seront les prochaines étapes pour Variscan Mines? Tout dépend des investissements nécessaires, explique Michel Bonnemaison: Variscan est associée dans le projet avec un fonds d’investissement britannique, Juniper Capital, qui lui a apporté 25 millions d’euros pour la seule étape de prospection.

Si l’exploitation elle-même devait s’élever à 500 à 600 millions d’euros pour la période d’exploitation, cette «joint venture» Variscan/Juniper devrait chercher un troisième investisseur, indique Michel Bonnemaison.

Estimant le potentiel de la mine de Salau à 50.000 tonnes de tungstène, le directeur de Variscan «a bon espoir» d’un rythme de 2.000 tonnes par an, contre une moyenne d’environ 1.000 tonnes par an entre 1971 et 1986 pour l’ancienne mine. «Nous tablons sur une période d’exploitation de 25 à 30 ans minimum, sinon cela ne vaudra pas le coup», juge Michel Bonnemaison.



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