Amiante: une mine pyrénéenne fait polémique

Le 17 décembre 2015 par Romain Loury
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La mine de Salau (1971-1986)
La mine de Salau (1971-1986)

Encore une mine qui aiguise les appétits: dans l’Ariège, celle de Salau, qui a produit du tungstène de 1971 à 1986, fait l’objet d’une demande de permis d’exploration. Or selon la chercheure Annie Thébaud-Mony, elle renferme de l’amiante, et aurait rendu malades plusieurs travailleurs. Ce que conteste la société à l’origine de la demande.

Après seulement 15 ans d’exploitation, la mine de Salau, dans les Pyrénées ariégeoises, a fermé en 1986, en raison de l’effondrement des cours lié à la concurrence chinoise. Or la société Variscan Mines, à capitaux australiens, se montre très intéressée par la reprise du site, et a déposé en novembre 2014 un permis exclusif de recherche.

Hébergeant ce site minier, la commune de Couflens, qui abrite le hameau de Salau, est parvenu à se réorienter vers d’autres activités (tourisme, artisanat, pastoralisme), et se montre plus que réservée à l’égard du projet. En juillet, son conseil municipal s’est prononcé à l’unanimité contre la réouverture de la mine, et une association, «Couflens-Salau demain», milite contre le projet.

Leur crainte: celle d’une contamination de l’environnement par les produits de la mine, ainsi qu’un risque professionnel pour les travailleurs. Chercheure en santé publique à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (Iris, université Paris 13), et par ailleurs présidente de l’association Ban Asbestos France, Annie Thébaud-Mony évoque en effet un risque amiante important sur le site, mais aussi la présence d’arsenic et de silice cristalline, dans un courrier envoyé lundi 14 décembre à la préfète de l’Ariège.

Présence d’amiante avérée

Selon son rapport, plusieurs travaux attestent, dès 1870, de la présence d’amphiboles, «catégorie d’amiante considérée comme la plus dangereuse», dans la région de Salau. Il s’agirait d’actinolite, selon des prélèvements effectués dans la mine au début des années 1980, à la suite de demandes de reconnaissance de maladies professionnelles par des travailleurs atteints de silicose, d’asbestose et de cancers bronchopulmonaires.

Le degré d’exposition se situait alors entre 0,05 et 0,07 fibre/cm3, soit 20 à 40 fois moins que la norme de l’époque, de 2 fibres/cm3. Depuis, l’amiante a été interdite en 1997 en France, et cette valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP), en cas d’intervention sur des chantiers contaminés, a été abaissé à 0,01 fibre/cm3 en 2012.

Visitant le site en mai 1986, soit sept mois avant sa fermeture, Annie Thébaud-Mony avait recensé 14 cas d’atteintes respiratoires parmi les mineurs, dont 9 d’asbestose, 3 de silicose et 2 de cancer bronchopulmonaire, plusieurs d’entre eux ayant été reconnus comme maladies professionnelles. D’autres cas ont pu échapper à ce recensement, de nombreux mineurs ayant quitté le site après sa fermeture en décembre 1986.

Pas de danger, selon la société

Pourtant, la société Variscan Mines affirme que la mine ne contient pas d’amiante. Elle avance par ailleurs que ces maladies ne peuvent être imputées au travail dans la mine de Salau, certains travailleurs ayant en effet œuvré sur d’autres sites par le passé. Autre argument, ces maladies pourraient être liées aux particules d’amiante émises par les freins des engins.

«Ce n’est pas parce que certaines personnes ont été exposées ailleurs, ou par le freinage des engins, que cette exposition [dans la mine de Salau] n’a pas joué son rôle», rétorque Annie Thébaud-Mony. Pour la chercheure, Variscan Mines «essaie d’aller à marche forcée, au mépris de la santé publique et de ce que les premiers concernés, les habitants de la commune, peuvent dire, tout en utilisant les carences de l’Etat depuis 30 ans».

Dans un entretien accordé début octobre au quotidien La Dépêche, le directeur de Variscan Mines France, Michel Bonnemaison, indiquait que si le permis était accordé, l’exploitation ne commencerait pas avant cinq ans. Il faudrait pour cela un autre permis, d’exploiter, que le dirigeant espère dépose au printemps 2016. Contacté jeudi par le JDLE, Michel Bonnemaison n’était pas joignable.



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