Amiante naturel: risques sanitaires en Corse et en Nouvelle-Calédonie

Le 03 novembre 2010 par Sabine Casalonga
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

 

L’Anses[1] a publié mardi 2 novembre un rapport sur les affleurements naturels d’amiante confirmant l’existence de risques sanitaires pour les travailleurs et les riverains, notamment en Corse et Nouvelle-Calédonie.

Répondant à une saisine des ministères de la santé, de l’environnement et du travail, ce rapport présente une synthèse de la littérature scientifique et une comparaison des pratiques de gestion et des législations en France et à l’étranger. La France comporte de nombreux sites où affleurent de l’amiante naturel, notamment en Haute-Corse et Nouvelle-Calédonie. Or ces roches peuvent libérer des fibres cancérogènes lorsqu’elles sont creusées ou érodées par des activités humaines ou des facteurs naturels.

« Le faisceau de preuves issu des publications scientifiques étudiées montre qu'un risque existe pour les populations locales et les travailleurs lors de la mobilisation ou l'utilisation de roches amiantifères », indique l’Anses dans son communiqué.

Le nombre de personnes chez qui ont été diagnostiquées des plaques pleurales (fibrose de l’enveloppe du poumon due à l’amiante) serait ainsi trois fois supérieur dans le nord-est de la Corse, une région riche en dépôt d’amiante, que dans le nord-ouest de l’île. Dans le village de Murato, 41 % des personnes de plus de 50 ans ont des plaques pleurales. Une étude a par ailleurs estimé à environ 10 cas pour 100.000 habitants l’incidence annuelle du mésothéliome (cancer de la plèvre spécifique de l’amiante) dans cette région du nord-est.

En Nouvelle-Calédonie, une étude cas-témoins conduite en 1993 a mis en évidence une très forte association entre l’utilisation du pö - un matériau issus des roches locales et utilisé dans les villages - et le risque de mésothéliome pour les deux sexes, et avec le cancer du poumon chez les femmes.

En dépit des limites et incertitudes de ces études, les auteurs pointent le risque d’exposition élevé pour les travailleurs, en particulier lors de travaux de terrassement qui entraînent un envol de fibres important. Une mauvaise gestion des déchets produits est également susceptible de contaminer l’environnement et de mettre en danger les populations voisines des dépôts.

Le rapport de l’Anses émet une série de recommandations pour améliorer les méthodes de mesure des zones amiantifères, compléter la réglementation notamment pour encadrer les travaux réalisés sur des sites d’affleurements naturels et durcir les règles d’urbanisme. La restriction d’accès aux sites reste la mesure prioritaire à envisager, selon l’Anses, en premier lieu pour les sites sensibles, comme ceux fréquentés par le public (aires de jeux, camping, etc.), et les carrières de roches contenant de l’amiante.

Peu de pays, hormis les Etats-Unis et l’Italie, possèdent des dispositifs de gestion (restriction d’accès, recouvrement et stabilisation des sols, actions de communication). La Nouvelle-Calédonie est cependant en passe d’adopter une réglementation explicite pour la protection des travailleurs concernant les poussières d’amiante issues d’affleurements naturels.

L’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) et son antenne néo-calédonienne se félicitent, dans un communiqué, de la publication de ce rapport qui « confirme l’existence d’un risque sanitaire trop longtemps minimisé, voire nié, par les autorités locales ». Elles estiment que « la balle est maintenant dans le camp du gouvernement français et du gouvernement calédonien » qui doivent mettre en œuvre sans tarder ses recommandations « malgré les pressions prévisibles de puissants lobbies économiques ». Elles demandent enfin au gouvernement calédonien d’ouvrir l’accès au Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante (Fiva) aux victimes environnementales.

L’Andeva et Adeva NC saisiront prochainement l’Anses sur la situation sanitaire à proximité des mines de nickel de Nouvelle Calédonie, susceptibles de reléguer des fibres d’amiante.

 

Dans le JDLE « Un rapport sur l’exposition à l’amiante des riverains d’anciens sites industriels »



[1] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus