Amiante: les victimes défilent, les procès tardent

Le 04 avril 2017 par Marine Jobert
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L'amiante, la fibre tueuse.
L'amiante, la fibre tueuse.
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Combien de morts, encore, avant la tenue d’un grand procès de la fibre tueuse? Des victimes ont défilé ce 4 avril pour attirer l’attention des candidats à l’élection présidentielle.

Combien seront-ils dans la salle, si un «procès de l’amiante» devait se tenir un jour en France? A Dunkerque, ils étaient quelque 250, venus pour remettre au préfet une lettre à destination des 11 candidats à l’élection présidentielle. Pourtant, ce ne sont pas les politiques,  mais bien les juges, qui année après année, permettent aux victimes de l’amiante d’arracher devant les juridictions civiles et prud’homales la reconnaissance et l’indemnisation de leur exposition à l’amiante, au prix de novations jurisprudentielles audacieuses, comme la construction du préjudice d’anxiété.

45.170 mort depuis 2014

Mais aucune juridiction pénale française ne s’est jamais penchée sur les responsabilités des plus hauts dirigeants et des décideurs politiques qui ont laissé prospérer, en dépit des alertes sanitaires lancées dès les années 1950, cette fibre minérale qui lacère les poumons des personnes exposées. Elle est jugée responsable de 10 à 20% des cancers du poumon et pourrait provoquer 100.000 décès en France d'ici à 2025, selon les autorités sanitaires. Depuis la dernière marche des «veuves de l’amiante» en 2004, «45.170 personnes ont perdu la vie en France, empoissonnées par l’amiante, a rappelé Pierre Pluta, le président de l’Ardeva (Association régionale de défense des victimes de l’amiante) cité par l’Echo de la Lys. Nous appelons la population, les organisations syndicales et les associations à nous rejoindre, car l’affaire de l’amiante qui n’aboutit pas est un permis de tuer pour les promoteurs de tous les produits cancérogènes : pesticides, perturbateurs endocriniens, etc... », a t-il ajouté dans Le Monde.

Des dossiers en souffrance

Quand une trentaine de dossiers n’en finissent plus d’être instruits au pôle judiciaire de santé publique de Paris, les juridictions européennes avancent un peu plus vite. En juin 2013, la cour d’appel de Turin condamnait à 18 années de prison ferme Stephan Schmidheiny, ex-actionnaire d’Eternit Italie, jugé responsable de «catastrophe sanitaire et environnementale permanente» et d’infraction aux règles de la sécurité au travail dans les usines italiennes de produits à base d’amiante-ciment (tubes, plaques, etc.) dont il assurait la direction de 1976 à 1986. La Cour de cassation avait cassé la décision, mais l’industriel pourrait toutefois être rejugé, cette fois-ci pour «homicide volontaire et aggravé.» Fin mars 2017, la cour d’appel de Bruxelles a condamné la société Eternit, pour avoir exposé plusieurs de ses employés (issus d’une même famille), tous emportés par le cancer. Tout en confirmant la condamnation, la cour a toutefois divisé par 10 les dommages-intérêts accordés (25.000 contre 250.000 euros).

 



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