Amiante: la bombe HLM

Le 20 novembre 2013 par Marine Jobert
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L'amiante, héritage coûteux d'une alerte sanitaire occultée.
L'amiante, héritage coûteux d'une alerte sanitaire occultée.
© boris - Flickr - C.C

Huit logements sociaux sur 10 contiennent de l’amiante. La fibre cancérogène pose un problème de santé publique et de santé au travail, qui va coûter des milliards d’euros. Qui paiera? Quels impacts pour la rénovation énergétique de l’habitat? Le Journal de l’environnement s’est penché sur cette question, qui concerne tant les HLM que le parc privé.

Entre 50 et 80% des 4,2 millions logements HLM[1] de France contiennent de l’amiante. En plein branle-bas de combat pour lancer et tenir les engagements du plan de rénovation énergétique de l’habitat, voilà une bien mauvaise nouvelle. Cette estimation a été menée par l’Union sociale de l’habitat (USH) –qui regroupe 760 organismes HLM- dans le cadre d’une étude publiée fin août 2013, pour cerner les stratégies des organismes HLM face au durcissement de la réglementation en matière d’amiante et évaluer les coûts qui en résultent. Car le secteur est confronté à deux phénomènes concomitants. D’une part la cadence des rénovations s’accélère et avec, le rythme des découvertes de la présence d’amiante. D’autre part les réglementations amiante ont été renforcées en 2011 et 2012[2], entraînant des surcoûts et des pénuries de compétences. Résultat, nombre de chantiers sont retardés, voire arrêtés.

 

Un risque non évaluable

 

Cette estimation du nombre de logements potentiellement concernés reste à confirmer, puisqu’elle a été établie sur un échantillon représentant 21% du patrimoine HLM. Une étude complémentaire a été commandée à l’USH par le ministère du logement, afin d’affiner ces chiffres et de déterminer la localisation des matériaux les plus susceptibles de libérer leurs fibres cancérogènes. «On en découvre dans des endroit où l’on ne soupçonnait pas qu’il puisse y en avoir, raconte Christophe Boucaux, en charge des questions énergétiques et du développement durable à l’USH. On est face à un risque que personne n’est capable d’évaluer dans son intégralité, ni au plan financier, ni en termes de présence technique. Mais attention, 80% des logements potentiellement concernés, cela ne signifie pas que 80% des locataires respirent de l’amiante», précise t-il. La question ne se pose, pour les travailleurs comme pour les habitants, que lors du retrait d’éléments susceptibles de dégager de l’amiante.

 

Principe pollueur-payeur

 

Or l’amiante, fibre «miracle» pour ses qualités thermiques, acoustiques, ignifuges et son faible coût, a été installé à tour de bras, avant son interdiction en 1997. Enduits intérieurs et extérieurs, colles, joints, dalles, etc. «On a laissé mettre ces produits partout, sans se préoccuper de savoir comment on les maîtriserait après, estime Sylvie Catala, de l’association Ban Abestos. La situation est inextricable.» Et de plaider pour la mise en place d’un fonds, abondé par les entreprises qui ont fabriqué des produits contenant de l’amiante, en vertu du principe pollueur-payeur. «Est-ce normal que ce soient les bailleurs sociaux et les copropriétaires qui doivent gérer les coûts de ce matériau utilisé massivement par l’industrie pendant tant d’années?», s’interroge en écho Christophe Boucaux, qui ne serait pas hostile à la proposition de Ban Abestos. «Car tout cela se chiffre en dizaine de milliards d’euros», rappelle-t-il.

 

Des coûts qui explosent

 

Effectivement, la facture risque d’être salée. Au ministère du logement, on assure qu’«on ne transigera pas sur le sujet et donc sur les moyens qui seront consacrés». Une position de principe qui devra passer sous les fourches caudines du chiffrage en cours des surcoûts induits par la situation. C’est le CGEDD qui mène ce délicat exercice, dont les résultats pourraient être connus début 2014. L’USH a déjà avancé quelques chiffres, remontés du terrain. Le coût des opérations de repérage de l’amiante avant démolition a bondi (+75%), tout comme celui de l’élimination des déchets. Dans le cadre d’une démolition, le coût des travaux de désamiantage varie de 2.000 à 20.000 € par logement, avec une augmentation moyenne des prix de 30% depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation en 2012. Pour la réhabilitation des logements, le coût des travaux de désamiantage a augmenté de plus de 50%, variant de 500 à 15.000 € selon la nature des matériaux amiantés et la méthode employée. Dans 25% des cas examinés par l’USH, la découverte d’amiante a entraîné la suppression de travaux préalablement programmés (contre moins de 10% avant 2012). Et tout cela sans compter, par exemple, le coût des relogements désormais quasi systématiques. «La nouvelle réglementation impose de prendre de telles mesures de protection qu’en pratique, les opérations de rénovation n’impactant que l’extérieur des logements passent quasi systématiquement par le relogement des ménages», illustre Christophe Boucaux.

 

Solutions interministérielles

 

Politiquement, l’affaire est délicate à mener, car la question de l’amiante emprunte à plusieurs réglementations. Les ministères du logement, mais aussi du travail, de la santé et de l’environnement sont dans la boucle. «Il va falloir coordonner notre action pour harmoniser les pratiques, et ce sur tout le territoire. L’objectif est d’intégrer le plus en amont possible la gestion de cette question dans la maîtrise d’ouvrage des travaux», anticipe-t-on au cabinet de Cécile Duflot. A l’USH, on a des pistes de propositions plein les tiroirs... Investir massivement dans la recherche et développement pour inventer des technologies de repérage précis. Edicter des nomenclatures pour gérer les risques au cas par cas, et non de façon itérative, désordonnée et donc coûteuse. Mettre fin au quasi-monopole de la dizaine de laboratoires habilités à procéder aux mesures d’analyse META (microscopie électronique à transmission analytique), dont les prix s’envolent. Admettre, enfin, que les nouveaux seuils d’exposition (division par 10 du nombre de fibres par litre, qui passe de 25.000 à 2.500) qui entreront en vigueur au 1er juillet 2015, s’ils sont pertinents au plan sanitaire, risquent d’entraîner l’abandon de chantiers. Car les ouvriers ne seront plus autorisés à y travailler et que les solutions techniques non humaines font, pour l’heure, défaut. «On risque de voir des bailleurs murer des logements plutôt que de les démolir, faute de pouvoir intervenir quand les seuils seront dépassés», prévient Christophe Boucaux. Autant de problématiques qui dépassent largement le cadre de l’habitat social, puisque le parc privé est concerné de la même façon par la présence de l’amiante.

 



[1] Pour les permis de construire déposés avant le 1er juillet 1997.

[2] Abaissement du seuil d’exposition professionnelle, obligation de certification pour toutes les activités de retrait et d’encapsulage de matériaux contenant de l’amiante, calfeutrage des chantiers, port de vêtements spécialisés, etc.

 

 



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