Amiante: Jean-Paul Teissonnière mis en examen

Le 06 septembre 2012 par Geneviève De Lacour
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Jean Paul Teissonnière défend les victimes de l'amiante depuis de nombreuses années
Jean Paul Teissonnière défend les victimes de l'amiante depuis de nombreuses années

L'avocat de l'Association française des victimes de l'amiante (Andeva), Jean-Paul Teissonnière, a été mis en examen aujourd’hui 6 septembre pour diffamation après une plainte déposée par la société Eternit.

Premier producteur d'amiante-ciment jusqu'à l'interdiction de la fibre cancérigène en 1997, Eternit reproche notamment à Jean-Paul Teissonnière un entretien à Télérama publié en novembre 2011 dans lequel il fait un parallèle entre les responsabilités du groupe en Italie et en France. Les dirigeants d’Eternit France affirment quant à eux «que la société Eternit n’aurait jamais appliqué des conditions de travail similaires ou comparables d’une quelconque façon à celles de Casalle Monferrato», l’une des villes italiennes les plus contaminées par les fibres d’amiante. Les industriels français ont donc décidé de poursuivre l’avocat en diffamation. Celui-ci a été mis en examen ce matin au palais de justice de Paris.

A noter que dans les affaires de diffamation, la mise en examen de la personne poursuivie est quasiment automatique, le débat ayant lieu ensuite en correctionnelle.

«Cette mise en examen n’est pas une surprise. Je ne retranche rien de ce que j’ai dit et je suis prêt à tout assumer», prévient Jean-Paul Teissonnière, avant d’ajouter: «On a du mal à comprendre l’arrogance de cette société, son caractère offensif», explique l’avocat qui juge très paradoxale la perspective de se retrouver prochainement sur le banc des accusés. Il s’interroge sur le fait que «l'avocat des victimes de l'amiante va devoir rendre des comptes de ce qu'il a fait, alors qu'Eternit sera sur le banc de la partie civile».

Mais il attend également beaucoup de ces prochains débats qui permettront de «montrer les conditions réelles de travail dans les usines Eternit et le rôle de lobbying joué par la société pour retarder la reconnaissance de la dangerosité des fibres d’asbeste».

Michel Parigot, vice-président de l'Andeva venu soutenir son avocat avec une dizaine d'autres membres de l'association, dénonce aujourd’hui «une situation absurde où le premier procès de l'amiante en France risque d'être celui de l'avocat des victimes». Et de préciser: «Il y a là une dimension provocatrice qui est extrêmement mal ressentie par les victimes».

Parmi les travailleurs et les anciens salariés d’Eternit France, associations et syndicats ont dénombré environ 2.500 victimes de l’amiante, dont plus de 400 sont aujourd’hui décédées. Selon l’avocat, dans les années 1990, certains agents de sécurité de l’entreprise ont été condamnés pour falsification des fiches d’exposition aux risques. Malgré l’absence officielle de chiffres précis, Jean-Paul Teissonnière estime très élevé le pourcentage de salariés d’Eternit France, malades ou décédés des suites de l’exposition aux fibres cancérigènes.

Le tribunal de Turin a condamné en février dernier deux responsables d'Eternit à 16 ans de prison (voir JDLE). Mais en France, la procédure judiciaire patine. En juin, la cour de cassation a toutefois donné tort à la cour d'appel de Paris qui avait annulé 6 mises en examen d'Eternit et de ses dirigeants.

En France, l'amiante est jugée responsable de 10% à 20% des cancers du poumon et devrait être la cause de 100.000 morts d'ici 2025, selon les autorités sanitaires. Son caractère cancérigène est connu depuis les années 1950 mais le premier décret réglementant son usage ne date que de 1977. Les premières plaintes pénales de travailleurs exposés à l'amiante datent de 1996.

 

 

 



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