Ambition Bio: les sénateurs dénoncent « un plan communicationnel »

Le 06 février 2020 par Stéphanie Senet
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Quand le Sénat dénonce l'opération de communication du gouvernement
Quand le Sénat dénonce l'opération de communication du gouvernement

L’objectif de cultiver 15% de la surface agricole utile (SAU) en bio en 2022 ne sera pas atteint, par manque d’une réelle politique publique, déplore un rapport publié ce 6 février par le Sénat. Les parlementaires demandent au gouvernement de dégager des moyens supplémentaires.

Comme chaque gouvernement, celui d’Edouard Philippe s’est fixé un objectif pour le bio. Soit 15% de la SAU au 31 décembre 2022, contre 7,5% en 2019[1]. Ce doublement a été gravé dans le marbre de la loi du 30 octobre 2018 issue des états généraux de l’alimentation (art 45), complété par un objectif alimentaire. Soit 20% d’ingrédients bio servis dans les cantines publiques au 1er janvier 2022 (art 24).

Optimiste, l’Agence Bio répète, chaque année, que l’agriculture bio est dans les clous, en s’appuyant sur une croissance régulière de la consommation (15,7% en 2018) ainsi que du nombre de producteurs, transformateurs et distributeurs.

Croissance insuffisante

Mais les sénateurs ne le voient pas du même œil, estimant que le volume d’accroissement des surfaces en conversion est incompatible avec l’atteinte de l’objectif de 15% de la SAU en 2022. Au mieux, ce sera le cas en 2026 selon l’opus parlementaire.

Les auteurs s’avèrent même plus sévères, affirmant que ce plan révèle surtout «une ambition très communicationnelle». «L’Etat ne dispose plus de moyens autonomes d’atteindre son objectif et n’a que faiblement exercé ses missions de coordination».

Principe de réalité

Conclusion: il faut accélérer le mouvement. Quelques recommandations sont avancées pour relever le niveau de l’ambition. Sont cités: une meilleure fiabilité des données de suivi de l’extension des surfaces biologiques par l’Agence Bio (les statistiques actuelles seraient surévaluées), des objectifs de développement détaillés (avec des objectifs intermédiaires par exemple), la surveillance de la viabilité économique des projets, et la prise en compte de la dégradation du commerce extérieur en matière d’agriculture biologique puisque la France importe 30% de ses besoins.

Payer plus jusqu’à quand ?

Les sénateurs rappellent aussi que l’équilibre économique du bio est instable. Il s’appuie sur le consentement des consommateurs à payer leur alimentation plus chère. Les parlementaires préconisent donc de dégager des moyens propres pour améliorer les performances économiques de l’agriculture biologique. Ils ajoutent que l’Etat doit «renoncer à sa posture de passager clandestin du bio». Aujourd’hui, les financements pour l’agriculture bio sont très épars et affichent une tendance à la baisse avec la disparition, en 2017, des aides au maintien au profit des seules aides à la conversion. Le rapport rappelle l’opportunité d’instaurer des paiements pour services environnementaux, alors que la renégociation de la politique agricole commune (PAC) offre l’occasion de passer à l’acte. Un critère particulièrement favorable à l’agriculture bio.

 



[1] Selon l’agence bio