Amazonie: réduction de 20% des précipitations avec la déforestation

Le 06 septembre 2012 par Geneviève De Lacour
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Les sécheresses s'accentuent dans le bassin amazonien
Les sécheresses s'accentuent dans le bassin amazonien

La déforestation de l'Amazonie favorise la sécheresse. C'est ce que révèle une nouvelle étude publiée le 5 septembre dans la revue Nature et qui chiffre précisément les pertes de précipitation. Les forêts tropicales humides ne sont donc pas que des réserves de biodiversité, elles alimentent aussi toute la région en pluie.

Si la déforestation continue au rythme actuel en Amazonie, les précipitations diminueront tellement que la région s'expose à des bouleversements écologiques et économiques majeurs, avertissent des chercheurs de l'université de Leeds dont les résultats ont été publiés mercredi 5 septembre dans la revue Nature.

Selon les calculs de Dominick Spracklen et son équipe, les pluies devraient baisser de 12% à la saison humide et 21% à la saison sèche d'ici 2050 dans le bassin amazonien.

Ces chiffres pourraient paraître banals, voire passer totalement inaperçus, tant le phénomène est déjà connu et débattu au fil des différents sommets mondiaux consacrés à l'environnement. Sauf que cette estimation est la première parvenant à concilier les modèles climatiques, qui prédisent un assèchement du bassin de l'Amazone, avec les observations de terrain qui montrent paradoxalement qu'il pleut davantage sur les zones déboisées.

L’évapotranspiration est le facteur-clé du phénomène. Les arbres tropicaux extraient l'eau du sous-sol profond et la pompent dans l'atmosphère, celle-ci retombant ensuite sous forme de pluie, sur place ou dans d'autres régions. Dans les zones tropicales humides, qui abritent plus de 35% des forêts du monde sur une surface de 11,5 millions de kilomètres carrés, la quantité de précipitations ainsi recyclée est comprise entre 25% et 56%. Autrement dit, l'évapotranspiration permet de maintenir l'humidité au niveau local et de fournir de l'eau en abondance à des milieux pourtant situés très loin à l'intérieur des terres.

A grande échelle, les modèles climatiques indiquent tous que la disparition des forêts tropicales va affaiblir ce mécanisme vital. Une simulation suggère ainsi que, si 40% de la forêt amazonienne disparaissait, la région basculerait de manière irréversible d'un climat «tropical humide» vers un autre plus sec.

Pourquoi alors pleut-il davantage sur les zones déboisées? Evapotranspiration là encore, mais par procuration... Faute de couverture végétale suffisante, la température augmente dans les zones déboisées. Cela crée un courant d'air ascendant qui aspire l'air humide situé au-dessus des forêts adjacentes. Cet air humide s'élève à son tour et libère alors la pluie sur les zones déboisées.

Pour chaque degré de latitude et de longitude situé entre les deux tropiques, les chercheurs ont analysé les données fournies par divers satellites sur les précipitations et la couverture végétale entre 2001 et 2007. A l'aide d'un modèle mathématique, ils ont ensuite reconstruit jour par jour la trajectoire suivie par les différentes masses d'air dans l'atmosphère tropicale.

«Nous avons trouvé une relation forte et significative entre l'exposition des masses d'air à la végétation et les précipitations qu'elles produisent», assurent les chercheurs. «L'air passé au-dessus d'une végétation dense produit au moins deux fois plus de pluie que l'air qui a traversé une végétation éparse», résument-ils.

Si l'on ajoute ce phénomène d'assèchement à la hausse des températures moyennes d'environ 3°C attendue par la plupart des climatologues d'ici la fin du siècle, l'impact potentiel sur l'Amazonie «peut être énorme», insiste Luiz Arago, spécialiste de l'environnement à l'université britannique d'Exeter, dans un commentaire séparé.

Outre l'impact écologique, «de tels changements menacent aussi directement l'agriculture, qui génère 15 milliards de dollars (12 milliards d’euros) en Amazonie, et l'industrie hydro-électrique qui fournit 65% de l'électricité du Brésil», prévient-il.

 

 



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