Allergies: la MIT passe à travers les mailles

Le 18 février 2016 par Romain Loury
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La MIT, une épidémie allergique en cours
La MIT, une épidémie allergique en cours

Jamais la méthylisothiazolinone (MIT) n’avait reçu autant d’honneurs: après une enquête lundi 15 février sur les cosmétiques pour bébés, ce conservateur omniprésent, fortement allergisant, est au cœur d’un rapport publié mardi 16 février par l’Anses [1], qui préconise d’informer systématiquement le consommateur de sa présence. A ce jour, son étiquetage n’est obligatoire que dans les détergents et les cosmétiques.

Présente dans les produits détergents, les peintures, les vernis, les produits d’entretien de véhicules, les désodorisants d’atmosphère, les cirages, les colles, mais aussi dans les cosmétiques, la MIT a un léger inconvénient: celui d’être fortement allergisant, même à faible dose, avec la survenue d’eczémas de contact.

Selon de nombreux experts, une véritable épidémie serait en cours: menée sur 7.874 personnes par le Revidal-Gerda [2], une étude française révèle que le taux de personnes sensibles à cette substance aurait triplé entre 2010 et 2012, passant de 1,5% à 5,6%. Une tendance observée dans d’autres pays européens, dont certains comptent jusqu’à 7% de personnes sensibles à la MIT.

Dans des lingettes pour bébé

Dans une enquête publiée lundi, l’association WECF (Women in Europe for a Common Future) révélait que sur 341 cosmétiques pour bébé analysés, 19 produits, dont sept marques de lingettes, contenaient de la MIT. Si le WECF a pu établir ces chiffres, c’est parce que les cosmétiques sont, avec les détergents, les seuls produits pour lesquels l’étiquetage de la MIT est obligatoire.

Dans ces produits, la teneur en MIT est limitée à 0,01% (100 parties par million). Un seuil jugé trop haut par le Comité scientifique européen pour la protection des consommateurs (CSSC): saisie par la direction générale de la santé et des consommateurs (DG Sanco) de la Commission européenne, elle préconisait fin 2013 son interdiction dans les produits non-rincés (par exemple les lingettes) et sa limitation à 15 ppm dans les rincés (comme les produits de douche).

Un produit encore peu régulé

Fait intéressant, la MIT n’est apparue qu’au début des années 2000. Avant cela, elle était utilisée sous forme de mélange avec la chlorométhylisothiazolinone (CMIT). Or contrairement à la MIT seule, le mélange CMIT/MIT dispose d’une classification harmonisée au niveau du règlement européen CLP, notamment comme sensibilisant cutané de catégorie 1, avec une limite de concentration de 15 ppm. Soit bien en-dessous de celle actuellement autorisée pour la MIT seule.

La classification CLP de la MIT est en cours d’instruction au niveau européen. En janvier 2015, la Slovénie, Etat-membre rapporteur sur le dossier, a bien proposé de la classer comme sensibilisant cutané de niveau 1, mais à une limite de concentration de 600 ppm.

Ce seuil est jugé trop haut par d’autres Etats-membres, dont la France, qui penchent plutôt pour le seuil de 15 ppm proposé par le CSSC. «Cette proposition de classification doit faire l’objet d’une discussion avec l’ensemble des Etats-membres prochainement», rappelle l’Anses.

Etendre l’étiquetage

Afin que les personnes sensibles au MIT puissent l’éviter, l’agence propose d’étendre l’étiquetage au-delà des cosmétiques et des détergents, quelle que soit la concentration du MIT. Particulièrement sur les peintures, dont 93% en contiennent: il faut «renforcer l’information sur la nécessité de ventiler la pièce après application et de limiter sa fréquentation les jours suivant l’application».

L’Anses propose par ailleurs d’inclure la MIT dans l’étiquetage prévu pour les matériaux de construction, au sujet des niveaux d’émission en polluants volatils. En 2009, son ancêtre, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), lui avait accordé une concentration limite d’intérêt (CLI, concentration limite pour une exposition à long terme) de 100 µg/m3.

[1] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

[2] Le Réseau de vigilance en dermatologie-allergologie rattaché au groupe d’études et de recherche en dermatologie-allergologie, qui compte environ 160 médecins allergologues.



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