Allemagne: quelle suite à donner à l’Energiewende?

Le 31 août 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Allemagne ne compte que 30.000 voitures électriques.
L'Allemagne ne compte que 30.000 voitures électriques.
VLDT

Véritable projet de société, la transition énergétique allemande marque le pas. Il faudra sans doute attendre le résultat des élections générales du 24 septembre pour la voir accélérer. En attendant, un état des lieux s’impose.

Le 24 septembre prochain, plus de 60 millions d’électeurs allemands sont appelés à se rendre aux urnes. Ils devront choisir parmi les 4.828 candidats ceux qu’ils enverront siéger au Bundestag, l’équivalent de notre Assemblée nationale. Le parti arrivé en tête de ce scrutin formera le prochain gouvernement, seul, ou à la tête d’une coalition.

Si la reconduite à la chancellerie d’Angela Merkel ne semble plus faire de doute[1], sa stratégie énergétique et climatique n’est pas des plus claires. Initiée progressivement depuis le début du siècle, l’Energiewende a, en effet, besoin d’un nouveau souffle.

Ambitieux tournant

Ce ‘tournant énergétique’ est des plus ambitieux. Comme en France ou au Royaume-Uni, il prévoit d’abattre de 80% au moins les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050. Et pour ce faire, de développer massivement les énergies renouvelables, baisser la consommation d’énergie primaire, améliorer l’efficacité énergétique, électrifier le parc de véhicules. Singularité de la stratégie allemande: la fermeture des centrales nucléaires en 2022. Le fruit conjugué d’un important et ancien mouvement antinucléaire national et de la catastrophe de Fukushima.

Adieu RDA

Une quinzaine d’années après son lancement, la transition énergétique à l’allemande marque le pas. Ce qui n’exclut pas certaines réussites indéniables. Entre 1990 et 2016, les émissions de CO2 ont chuté de 26%. Un chiffre à mettre principalement au crédit de la fermeture de l’industrie lourde de l’ex-République démocratique allemande, après la réunification.

330.000 salariés dans les ENR

Bien sûr, les énergies renouvelables, électriques notamment, ont connu une formidable accélération. Quasi inexistantes dans les années 1990, éoliennes, centrales à biomasse et parcs photovoltaïques produisent désormais le tiers du courant allemand. De quoi occuper en 2015 plus de 330.000 salariés. Pour autant, le secteur électrique (30% des émissions de CO2) peine à alléger son bilan carbone. Charbon et lignite produisant toujours 4 électrons sur 10, les émissions carbonées du secteur n’ont baissé que de 6% depuis 2000.

 

Les objectifs de l’Energiewende

Objectifs

Etat actuel

2020

2030

2040

2050

Réduction des émissions de GES (base 1990)

- 27%

-40%

-55%

-70%

-80 à -90%

Sortie du nucléaire

11 réacteurs fermés

Fermeture des 8 autres d’ici à 2022

 

 

 

Énergies renouvelables (% d’énergie finale consommée)

15%

18%

30%

45%

Au moins 60%

Efficacité énergétique (réduction de consommation d’énergie primaire, base 2008)

-8%

-20%

 

 

-50%

Véhicules électriques

30.000

1 million

6 millions

 

 

 

Pour financer le développement des énergies renouvelables et des réseaux de transport d’électricité, les consommateurs ont été mis à contribution. Résultat: le prix du kilowattheure (kWh) facturé aux particuliers a progressé de 50% entre 2007 (20 c/kWh) et 2017 (30 c/kWh). Cela étant, le montant moyen de la facture d’une famille allemande (978 €/an) reste inférieur à celui d’un ménage danois (1.121 €/an) ou américain (1.110 €/an).

Pour réduire l’inflation de la facture et les oppositions aux champs d’éoliennes terrestres, le gouvernement Merkel a réduit en 2014 le recours aux tarifs d’achat (comme l’a fait par la suite la loi sur la transition énergétique française) et plafonné à 2,5 gigawatts par an les nouvelles capacités éoliennes. Objectif: développer un maximum de capacités éoliennes en mer (6,5 GW) plutôt qu’à terre.

Un plan de 17 milliards

Depuis 2000, à coups de soutien à la rénovation des logements, l’efficacité énergétique progresse d’environ 1,4% par an: une performance comparable à celle de la France. Ce n’est pas suffisant pour atteindre les objectifs finaux. Il faudrait, comme en France, doubler la mise. Raison pour laquelle le ministre de l’économie, Sigmar Gabriel, a lancé l’an passé un plan 2016-2020 d’amélioration de l’efficacité énergétique, doté de 17 Md€. Nous n’en sommes pas là de ce côté-ci du Rhin.

Comme partout (Norvège exceptée), la décarbonation des transports reste un vœux pieux. Malgré l’ambition fédérale de voir rouler un million de voiture zéro émission en 2020, on ne compte pour le moment qu’une trentaine de milliers de BMW, Volkswagen ou Audi électriques à sillonner les routes d’Allemagne, rappelle une récente note de France Stratégie.

La peur d’IG Metall

En cause: le manque d’attractivité des modèles actuels, l’absence de bornes de recharge. Mais surtout une très puissante industrie automobile (400 milliards de chiffre d’affaires annuel et 800.000 salariés) qui peine à s’adapter à la nouvelle donne énergétique. Soutenue en cela par le très puissant syndicat IG Metall qui craint que la fabrication de véhicules électriques (plus simple que celle de voiture thermique) ne soit synonyme de réduction d’emplois.

Contrairement aux précédents scrutins, l’Energiewende n’est plus cette fois au cœur des débats politiques. Selon un récent sondage publié par le ‘think tank’ Agora Energiewende, plus de 3 Allemands sur 4 sont favorables à cette transformation énergétique. Ce qui n’exclut pas quelques grognements, à propos à la hausse du prix de l’électricité ou du développement des réseaux de transport d’électricité.

8.000 km de lignes THT

Pour mieux mailler les réseaux (il existe 4 gestionnaires de réseaux de transport) et acheminer l’électricité des champs offshore de la mer du Nord vers le sud du pays, 8.000 kilomètres de lignes THT supplémentaires doivent être tirés en 10 ans. Fin 2016, moins de 10% de ce programme avait été achevé. Pour mémoire, il aura fallu plus de 20 ans à la France pour tirer une ligne de transport de quelques dizaines de kilomètres, franchissant les Pyrénées.

Le rythme de la transition sera-t-il plus soutenu après les élections? Difficile à dire, tant les programmes des principales formations politiques restent flous.

Se préparant pour une éventuelle coalition avec Angela Merkel, les Verts sont les seuls à vouloir accélérer les processus en cours. D’abord en interdisant les voitures à moteurs thermiques d’ici la fin de la prochaine décennie. Ensuite en voulant fermer les centrales et les mines de charbon et de lignite. Objectif: que toute l’électricité consommée en Allemagne en 2030 soit d’origine renouvelable.

Une utopie raisonnable

Utopique? Pas forcément. «La fin de la dernière mine de houille est prévue pour cette année», rappelle le journaliste spécialisé Vincent Boulanger. Une commission a également été constituée pour imaginer les soutiens économiques qui pourraient être apportés aux régions productrices de lignite fermant leurs mines. Son rapport est attendu… après les élections. Par ailleurs, l’administration Merkel a déjà obtenu la fermeture définitive de 7 centrales au lignite d’ici 2020.

Le SPD, comme souvent, est moins révolutionnaire. Il suggère un remplacement progressif du charbon par le gaz naturel. A la grande joie du gouvernement russe. Le parti de Martin Schulz propose aussi d’adapter le montant des aides publiques aux énergies en fonction de leur bilan carbone.

Sortir du thermique

Sans surprise, la CDU d’Angela Merkel, soutenue par les Bavarois de la CSU, entend poursuivre la politique actuelle, tout en mettant un coup d’accélérateur à la transformation du paysage automobile. Dans une récente interview, la chancelière confirme qu’il faudra interdire les voitures à essence et au gazole. Sans toutefois fixer d’échéance. Les énergies renouvelables électriques verraient, elles, baisser progressivement leurs soutiens publics. Ce qui est déjà prévu.

Les plus petites formations ne sont pas sur cette longueur d’onde. L’AfD, le parti populiste de droite, et le FPD libéral prônent tous deux un abandon de l’Energiewende, tant pour des questions budgétaires que de sécurité d’approvisionnement en électricité.

Quelle que soit leur position, les programmes sont très insuffisants au regard des engagements pris par l’Allemagne, rappellent Christine Merk et Wilfried Rickels, chercheurs à l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale (IfW). De quoi inquiéter industriels et syndicalistes de l’éolien, du photovoltaïque et de la métallurgie. Thyssenkrupp rappelait récemment que les voitures électriques, aussi, avaient besoin d’acier. A bon entendeur…

 



[1] Les sondages lui donnent entre 10 et 15 points d’avance sur son challenger le plus sérieux, Martin Schulz.

 



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