Allemagne: l’addition de la sortie du nucléaire promet d’être salée

Le 01 juin 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En Allemagne, on appelle ça le «Merkelisme». Selon cette doctrine politique appliquée par Angela Merkel, tout ce que dit le peuple est vrai et tout ce que veut le peuple ne peut pas nuire à la chancelière allemande. Or, depuis la catastrophe de Fukushima, une majorité d’Allemands veut mettre un terme à l’activité des 17 réacteurs en service outre-Rhin. Après avoir autorisé la poursuite de leur exploitation, Angela Merkel vient d’arracher à sa coalition la fermeture du nucléaire civil allemand pour 2022. Année qui doit aussi être confirmée par le parlement.
 
Cette décision est une victoire pour les écologistes qui réclament, depuis des décennies, une telle décision. Mais leur joie risque d’être de courte durée. Car, financièrement, l’abandon du nucléaire est un véritable gouffre, dont la profondeur n’est pas encore connue avec précision.
 
Selon des documents internes à la CDU, le parti chrétien-démocrate de la chancelière, l’arrêt et le démantèlement des 17 tranches coûteront une quarantaine de milliards d’euros. A cela, il faudra ajouter le montant de la facture de nouvelles centrales de production d’électricité. De quelle filière seront-elles? Nul ne le sait encore. Mais le gouvernement Merkel a indiqué vouloir porter à 35% la part des renouvelables dans la production d’électricité (contre 17% aujourd’hui) en une décennie.
 
En clair, on s’achemine vers un probable doublement du parc éolien (dont la majeure partie sera sans doute marine) et un fort accroissement du nombre de centrales thermiques à gaz.
 
Economiquement, on doit donc tabler sur une vingtaine de milliers de mégawatts éoliens offshore (4 millions €/MW) et sur une puissance équivalente pour les centrales au gaz. Berlin ne pouvant pas accroître ses émissions de gaz à effet de serre, ces centrales à flamme devront être équipées de système de captage et de stockage géologique de CO2 (1,2 milliard d’euros/GW).
 
Coût total: 104 Md€. Mais ce n’est pas fini. Car, pour sécuriser ses approvisionnements et surtout enlever l’électricité produite par les champs éoliens offshore, l’Allemagne devra aussi tirer de nouvelles lignes de transport d’électricité. Selon l’agence de l’énergie allemande, 3.600 kilomètres de lignes THT sont nécessaires, soit un investissement de 9,7 Md€.
 
Last but not least: il faudra sans doute aussi dédommager les exploitants de centrales nucléaires qui s’estiment spoliés par le gouvernement. E.ON a d’ailleurs prévu d’attaquer la décision gouvernementale. Et a bien fait savoir qu’elle escomptait recevoir des milliards d’euros de compensation à la fermeture de ses 13 réacteurs. Un argent qui sera, bien sûr, redistribué à ses 500.000 petits actionnaires.


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