Aliments clonés: les Français plus méfiants que les Américains

Le 06 juillet 2011 par Romain Loury
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Les Français sont beaucoup plus réticents que les Américains à consommer des aliments provenant d’animaux clonés, de leur progéniture ou de leur descendance, selon une étude menée par l’Université d’Etat du Kansas (KSU).
Déjà disponibles aux Etats-Unis, les aliments issus de clones n’ont pas encore trouvé leur place en Europe. Et pour cause: ils sont depuis plusieurs années au centre d’un profond désaccord entre les diverses autorités européennes [1]. Le Parlement européen est favorable à leur interdiction totale (animaux clonés, progéniture et descendance), tandis que la Commission et le Conseil de l’UE se montrent plus libéraux [2].
Réticence européenne, tolérance américaine: deux situations qui se reflètent dans l’attitude des consommateurs, montre une thèse menée à l’université du Kansas. Des travaux au cours desquels une jeune chercheuse, Shonda Anderson, a interrogé 644 étudiants, aux Etats-Unis, au Honduras, en Chine, en Irlande mais aussi en France, avec 164 étudiants de l’Ecole supérieure d’agriculture de Purpan (Toulouse).
Résultat: les jeunes Français sont 40,49% à refuser catégoriquement de consommer de tels aliments, loin devant les Américains (19,26%) et les Honduriens (25,53%). Ils sont devancés par les étudiants irlandais (48,21%) et chinois (62,86%).
En France, les premières raisons de ce refus sont des considérations éthiques (40%), de sécurité sanitaire (22%) et la crainte que les aliments clonés ouvrent la porte au clonage humain (20%). Partout ailleurs, c’est l’argument de la sécurité qui arrive au premier rang.
Mais quel que soit le pays, la méfiance s’atténuerait en cas d’information adéquate ou d’un moindre prix par rapport aux aliments standards. Et en termes de préoccupations, les aliments clonés et la biotechnologie viennent loin derrière le prix, la présence de pathogènes ou de résidus de pesticides.
Manifestement sous le charme des aliments clonés, Shonda Anderson y voit la preuve qu’«une fois que ces aliments auront atteint un large marché, les réactions seront probablement les mêmes aux Etats-Unis que chez ses partenaires commerciaux, comme l’Europe, l’Amérique latine et l’Asie».
«Aussi longtemps que les systèmes politiques ne créeront pas d’interdiction ou d’étiquetage strict [3] qui peuvent modifier les perceptions des consommateurs, les aliments clonés ont le potentiel d’être accepté par le marché», ajoute-t-elle.
 
[1] En raison d’un blocage sur ce sujet, les discussions visant à actualiser un règlement européen de 1997 sur les nouveaux aliments («novel foods»), débutées en 2008, ont échoué fin mars (voir le JDLE http://www.journaldelenvironnement.net/article/la-revision-du-reglement-nouveaux-aliments-a-echoue,22344).
[2] En octobre 2010, la Commission européenne a proposé un moratoire de cinq ans sur le clonage à visée alimentaire, l’utilisation d’animaux d’élevage clonés et la vente des produits issus de clones (voir le JDLE). Une mesure qui n’interdit pas l’importation d’aliments issus de leur progéniture et de leur descendance.
[3] Aux Etats-Unis, la député démocrate Rosa DeLauro (Connecticut) a proposé en 2010 que ces produits soient étiquetés comme tels. Pas encore soumise au vote, cette mesure aurait pour effet d’en détourner le consommateur, juge Shonda Anderson.


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