Alimentation: une limite «pan-pesticides», projet mort-né?

Le 17 octobre 2016 par Romain Loury
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Marisol Touraine
Marisol Touraine

L’annonce a pris tout le monde de court: interrogée jeudi 13 octobre au Sénat, la ministre de la santé, Marisol Touraine, a déclaré avoir saisi l’Anses[i] afin qu’elle édicte les critères d’une limite maximale de résidus de pesticides, globale et non plus individuelle par molécule. Un seuil qui n’existe à ce jour que pour l’eau, et dont la mise en place pour l’alimentation semble hasardeuse.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 

«C’est une bonne surprise, j’ai bien fait de poser la question!», se réjouit le sénateur Joël Labbé (EELV, Morbihan), interrogé par le JDLE. Jeudi 13 octobre, il a interpelé Marisol Touraine au sujet des résultats de l’étude Exppert 7 de l’association Générations futures, qui révèlent la présence de résidus de pesticides dans les mueslis issus de l’agriculture conventionnelle, mais pas dans ceux labellisés bio.

354 fois plus de pesticides que dans l’eau

Lors de sa question, Joël Labbé a repris l’un des arguments avancés par Générations futures, à savoir que les mueslis issus du conventionnel présentent, en moyenne, un taux de résidus 354 fois plus élevé que la limite maximale de résidus (LMR) fixée pour l’eau du robinet, à savoir 177 µg/kg contre 0,5 µg/litre.

Réponse de la ministre: «nous avons décidé, avec Stéphane Le Foll et Ségolène Royal [ministres respectifs de l’agriculture et de l’environnement, ndlr] de saisir l’Anses afin de lui demander de nous proposer des critères pour mettre en place une limite maximale globale pour tous les pesticides présents dans l’alimentation, comme ce qui est fait pour l’eau».

«Il n’y a pas de raison que nous ayons des normes plus strictes pour l’eau que nous buvons que pour l’alimentation que nous mangeons», a poursuivi la ministre. Dit comme cela, il n’y a en effet «pas de raison», mais il y a peut-être une explication.

L’alimentation, un substrat complexe

Selon le toxicologue Jean-François Narbonne, la LMR globale de l’eau, la seule mise en place à ce jour, n’est pas d’ordre sanitaire: il s’agit d’une limite de qualité, liée aux seuils de détection des différentes substances à analyser. Qu’il y ait plus de pesticides dans les aliments que dans l’eau du robinet n’est donc, en soi, pas étonnant.

De plus, les LMR actuelles pour l’alimentation, fixées individuellement par résidu, ne concernent à ce jour que les produits bruts (fruits, légumes, céréales, etc.): elles sont censées tenir compte de la consommation de tous les produits qui en sont dérivés. Dès lors, fixer des limites globales de résidus tout au long de la chaîne de transformation -des céréales jusqu’au muesli- pourrait constituer un sacré casse-tête scientifique.

«Je ne sais pas comment l’Anses va répondre à une telle saisine», poursuit Jean-François Narbonne –qui doute même qu’elle y parvienne. D’autant que l’agence est déjà très impliquée dans des travaux de caractérisation, puis d’évaluation, des cocktails de contaminants chimiques -résidus de pesticides ou autres-, très en amont d’une éventuelle limite globale.

Une avancée politique

Interrogé par le JDLE, François Veillerette, porte-parole de Générations futures, se montre prudent sur la marche scientifique, mais estime que l’annonce de Marisol Touraine «contribue à faire progresser les choses». «Le fait de prendre en compte la question des cocktails constitue en soi une avancée», ajoute-t-il.

Si la question scientifique est bien loin d’être tranchée, en raison du peu de connaissances sanitaires sur les innombrables mélanges à évaluer, François Veillerette estime que de tels critères devraient dès lors intégrer «une bonne dose de précaution». Notamment en allant au-delà des teneurs, par exemple en intégrant le nombre de résidus.

Au-delà des défis scientifiques, se pose la question d’une révision de la législation, qui semble, au vu du bras de fer déjà en cours sur les critères perturbateurs endocriniens, encore plus insurmontable. La question des LMR est régie par le règlement européen n°396/2005: modifier ce texte nécessiterait donc un accord au niveau européen (Etats-membres, Commission), avec avis scientifique de l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).



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