Alimentation, sommeil, température: les rats sensibles aux radiofréquences

Le 03 avril 2013 par Marine Jobert
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Les rats ont été exposés pendant plusieurs semaines à des intensités de radiofréquences proches de celles émises par les antennes relais.
Les rats ont été exposés pendant plusieurs semaines à des intensités de radiofréquences proches de celles émises par les antennes relais.
DR

Ce ne sont pas des hommes, mais bien des rats, que les chercheurs de l’équipe mixte Ineris-Université de Picardie Jules Verne[1], ont exposés à des radiofréquences (RF) d’une intensité correspondant à celle rencontrée à proximité des antennes-relais. Objet de l’étude: étudier les fonctions de l’équilibre énergétique du mammifère –sommeil, régulation thermique, prise alimentaire- lorsqu’il est exposé à des «signaux faibles». En clair, le brouillard électromagnétique dans lequel nous baignons en permanence. Publiés dans la revue Environmental science & Pollution Research, les résultats semblent prometteurs, mais les chercheurs eux-mêmes restent fort prudents sur leur signification. Car les premières conclusions montrent rien de moins que des effets biologiques à long terme des RF, à la fois sur le sommeil, la régulation thermique et le comportement alimentaire des animaux. En effet, quand la température ambiante augmente, la température des rats exposés augmente moins que celle de leurs congénères qui ne sont pas soumis aux ondes, ils mangent davantage qu’eux et leur sommeil paradoxal est plus fragmenté. Autant d’observations qu’il s’agit désormais d’approfondir.

 

«La vasodilatation, qui permet de réchauffer une surface de peau pour évacuer la chaleur, est bloquée chez les rats exposés aux RF», détaille René de Sèze, médecin à l’unité de toxicologie expérimentale de l’Ineris. L’injection d’un vasodilatateur aux rats exposés va rétablir la situation. «Il s’agit maintenant de trouver quels sont les organes ou les tissus qui réagissent à l’exposition aux RF: tant qu’on n’a pas découvert le système récepteur -et il y en a forcément un- on peut difficilement extrapoler à l’homme», poursuit le chercheur. L’implication du canal ionique est tout de même évoquée dans ce cas précis.

 

L’augmentation du nombre de prises d’aliments par les rats intrigue également les chercheurs: «C’est comme s’ils avaient encore besoin d’énergie alors qu’ils sont à une température neutre», observe René de Sèze. «L’exposition chronique favoriserait-il des mécanismes d’économie d’énergie?», s’interroge le chercheur, qui note que les rongeurs pourraient finir par grossir de façon significative. Mais l’expérience n’a pas été menée assez longtemps pour le vérifier. «L’étude ne permet pas de déduire que cette prise alimentaire joue un rôle quelconque dans les phénomènes de surpoids et d’obésité», précise d’ailleurs l’Ineris.

 

La question du sommeil semble polariser l’attention. Car les réveils fréquents, les difficultés d’endormissement ou les insomnies sont quelques unes des plaintes des «électrosensibles». Or, chez les rats exposés, le sommeil paradoxal est plus fragmenté que chez les animaux non exposés, «ce qui peut être à l’origine de difficultés de mémorisation et de troubles de l’humeur». Quelle est la portée de cette observation? «On analyse toujours la qualité du sommeil en fonction de sa durée totale», explique Jean-Pierre Libert, de l’équipe «environnement toxique périnatal – adaptations physiologiques et comportementales» à l’université de Picardie. «Or le fractionnement de ce sommeil paradoxal pourrait effectivement jouer un rôle dans la qualité du sommeil. Certains auteurs font l’hypothèse que, lors du fractionnement du sommeil paradoxal, ce sont les récepteurs de la sérotonine qui sont impactés», poursuit le professeur, qui a travaillé 20 ans sur les mécanismes du sommeil chez l’homme. «Donc on peut faire l’hypothèse que les RF impactent ces récepteurs.» De façon plus générale, il observe que les rats sont soumis à un stress: «La fragmentation du sommeil paradoxal met en évidence que leur organisme est bousculé et que leur perception de l’environnement est perturbée, délétère.»

 

Tous ces résultats semblent laisser un goût de «trop peu» aux chercheurs, qui attendent le lancement de quantités d’études qui viendraient enrichir leurs observations. La recherche sur les RF semble prendre un tour nouveau avec cette étude. Car, comme le note René de Sèze, «depuis 15 ans, on a traqué les effets de l’inflammation, de la génotoxicité ou les effets cancérigènes des RF et ces manipulations ne menaient nulle part, excepté pour le cancer du cerveau classé B2 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Là, on a peut-être une piste plus physiologique, avec l’étude des neurotransmetteurs».

 



[1] Equipe mixte désignée sous le terme de PériTox, pour périnatalité et risques toxiques.

 



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