Alimentation: les champs reviennent autour des villes

Le 15 janvier 2018 par Marine Jobert
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Longtemps reléguée, la production alimentaire fait son grand retour symbolique dans les villes, à la demande d’urbains coupés de(s leurs) racines. Jardins partagés, toits végétalisés, reconquête des friches ou aide à l’installation d’agriculteurs… les modalités d’intervention des collectivités sont recensées dans un document inédit, publié par France Urbaine.

La reterritorialisation de l’alimentation est en marche! Derrière ce mot barbare se cache un impératif climatique, social, économique: rapprocher la production vivrière des lieux de consommation. Depuis une décennie, les collectivités l’ont, à des degrés divers, intégré à leurs stratégies de gestion du foncier et de l’activité économique. En partenariat avec le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, Vivapolis et la Caisse des dépôts, l’association France Urbaine[1] publie un document intitulé «Villes, agriculture et alimentation: expériences françaises», qui recense les stratégies alimentaires territoriales et les projets les plus innovants dans le domaine de l’agriculture urbaine et péri-urbaine dans 30 collectivités (parmi lesquelles l’ensemble des 22 métropoles). Toits à Paris, friches à Roubaix, fermes pédagogiques à Marseille, «ville-archipel» à Rennes… les exemples sont légions de ces bricolages réglementaires et conceptuels, inspirants pour France comme pour l’étranger (le document a même été traduit en anglais).

Terres=réserves foncières

Si les données fournies par les collectivités ont tendance à présenter la situation sous un jour plaisant, il n’en demeure pas moins que beaucoup de chemin a été parcouru en une poignée d’années. A des rythmes toutefois différents d’un territoire à l’autre. Si Nantes a démarré son programme Agriculture dès les années 1990, il faudra attendre 2012 pour Nice. Les villes disposent souvent d’étendues naturelles ou agricoles assez vastes (de 42% pour Le Havre à 25% pour la capitale des Gaules), elles ont cependant été longtemps considérées comme des réserves foncières plus que comme des greniers alimentaires. Mais les temps changent: en 10 ans, ce sont 123 hectares de réserves foncières qui ont été reclassées en zones naturelles ou agricoles dans les différents plans locaux d’urbanisme (PLU) des communes de la métropole nancéenne. Et l’objectif du PLU intercommunal en cours d’élaboration est de 150 ha.

Accompagner les agriculteurs

Les traits communs qui rassemblent les métropoles? Maîtriser et préserver le foncier agricole -et ce dans un contexte d’accélération des départs à la retraite chez les agriculteurs-, notamment au travers des documents d’urbanisme, valoriser les friches. Et soutenir l’installation d’agriculteurs, soit sur des terrains achetés par la collectivité, soit par l’accompagnement des aspirants-agriculteurs. Au Havre, un dispositif d’espace-test agricole a été inventé, qui permet aux futurs agriculteurs de tester leur projet avant l’installation, sa viabilité économique et sa faisabilité opérationnelle. Trois projets sont ainsi en cours. A Nice, une fondation territoriale a vu le jour sous la houlette de la métropole, dont un des axes est l’acquisition de friches; et ce pour y réimplanter des agriculteurs par le biais d’un bail rural comportant des clauses environnementales et sociales. Un outil juridique qui permet de multiplier les sources de financement (participatif, épargne solidaire, mécénat des entreprises et fondations). «La stratégie repose donc sur l’affectation irrévocable à une fondation reconnue d’utilité publique du bien commun que représentent ces terres fertiles, avec un usage qui permettra durabilité et lien social», écrit la métropole niçoise.

Travailler sur l’aval

Certaines collectivités travaillent aussi sur l’aval pour sécuriser les débouchés, notamment par l’organisation de marchés bio, l’adaptation de la commande publique pour la restauration hors domicile (avec l’objectif 2020 de 40% d’alimentation durable en restauration collective pour le Grand Poitiers, par exemple) et la sensibilisation des citoyens par une communication soutenue. Ainsi le Grand Nancy va accompagner le lancement d’une étude ‘chaine logistique’ qui précisera les besoins et les modalités de mise en œuvre en termes d’équipements de gros, semi-gros ou de transformation.

Faire circuler les expériences

Le document va bénéficier de ‘l’effet réseau’ de France Urbaine (dont les membres représentent la moitié de la population française) et doit permettre de faire essaimer les bonnes pratiques. «Une innovation organisationnelle, sociale ou plus technique, apparue quelque part dans une métropole du réseau, peut donner des idées à une autre communauté urbaine, des enseignements tirés d’une initiative ou d’une expérience peuvent circuler avec profit», souligne Henri Rouillé d’Orfeuil, membre de l’Académie d’agriculture de France Resolis, sollicité par l’association.



[1] L’association regroupe les élus des métropoles, grandes intercommunalités et villes françaises, comptant 101 membres de toutes tendances politiques confondues représentant près de 30 millions d'habitants.

 



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