Alimentation: la limite «pan-pesticide», fausse bonne idée

Le 25 janvier 2018 par Romain Loury
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Des LMR denrée/substance
Des LMR denrée/substance
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Fin du (faux) suspense: selon un document mis en ligne lundi 22 janvier par l’Anses[i], une limite maximale de résidus (LMR) globale pour les aliments est une piste irréaliste et de peu d’intérêt sanitaire.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 

L’annonce avait pris tout le monde de court: en octobre 2016, la ministre de la santé, Marisol Touraine, avait déclaré devant le Sénat qu’elle saisirait l’Anses pour évaluer l’opportunité d’une LMR globale sur les aliments, comme c’est le cas pour l’eau. «Il n’y a pas de raison que nous ayons des normes plus strictes pour l’eau que nous buvons que pour l’alimentation que nous mangeons», avait-elle asséné.

Cette déclaration faisait suite à la publication, par l’association Générations futures, de résultats montrant la forte présence de pesticides dans des mueslis issus de l’agriculture conventionnelle. Pour certains produits, le taux de résidus était 354 fois plus élevé que la limite maximale de résidus (LMR) fixée pour l’eau du robinet, à savoir 177 µg/kg contre 0,5 µg/litre.

Saisie par quatre ministères (santé, économie, agriculture, environnement), l’Anses a publié sa note d’appui scientifique et technique lundi 22 janvier. Retraçant le cadre réglementaire européen des LMR (pesticides, médicaments vétérinaires, biocides), l’agence rappelle que les valeurs en vigueur sont individualisées, par couple denrée alimentaire/substance, et qu’elles sont édictées en fonction du risque pour le consommateur et des bonnes pratiques agricoles.

La LMR de l’eau, un seuil technique

C’est là une différence majeure avec la LMR globale de l’eau (0,5 µg/L pour l’ensemble des substances), qui correspond à une limite technique de quantification. «Les normes de qualité réglementaires applicables aux eaux de distribution correspondent à la volonté du législateur d’une absence de pesticides dans les eaux distribuées. Elles ont donc été fixées aux niveaux les plus bas possibles compatibles avec les performances analytiques des laboratoires», rappelle l’Anses.

Idem pour les aliments pour bébé: «l’absence de résidus a été représentée par une valeur par défaut de 10 µg/kg correspondant à une limite de quantification, représentant une absence de résidus. L’objectif de cette limite est de réduire au maximum l’usage des substances actives phytopharmaceutiques sur les végétaux destinés à l’alimentation des bébés», ajoute l’agence.

Par conséquent, une LMR globale pour l’ensemble des aliments ne pourrait «s’appliquer avec pertinence que si l’on vise l’absence de tout résidu dans les denrées alimentaires». Un projet résolument avant-gardiste, que Marisol Touraine et ses trois collègues n’avaient probablement pas en vue lorsqu’ils ont saisi l’Anses.

Des profils toxicologiques délaissés

Dans le système agro-alimentaire encore en vigueur, une LMR globale poserait ainsi plusieurs problèmes, notamment du fait de profils toxicologiques différents des molécules. Exemple, celui de certains médicaments vétérinaires désormais interdits: ne disposant d’aucune LMR, leur présence dans un aliment entraîne aussitôt une non-conformité de l’aliment.

«Une LMR globale qui correspondrait à une quantité maximale totale, ‘globale’, à ne pas dépasser dans un aliment ne serait pas suffisante pour s’assurer de l’absence d’effet néfaste sur la santé humaine», juge ainsi l’Anses.

Une LMR globale pour les aliments serait calculée en ajoutant les limites de détection d’environ 300 substances autorisées pour chaque denrée ou groupe de denrées (au nombre de 377). Selon le calcul de l’Anses, cela équivaudrait, au plus bas, à une LMR globale de 1.131 mg/kg… soit plus de pesticides que du produit alimentaire lui-même! «Cette LMR globale élevée serait donc difficilement utilisable dans un objectif de limitation de la présence de résidus dans les denrées», euphémise l’Anses.

Une idée juridiquement compliquée

Autre écueil, juridique celui-ci: une LMR globale serait incompatible avec la législation européenne ainsi qu’avec les règles internationales. « Le droit européen stipule qu’à partir du moment où une denrée respecte les LMR, celle-ci circule librement en Europe. Il en est de même au niveau mondial pour les LMR du Codex alimentarius», rappelle l’agence.

Plutôt que de fixer une LMR globale, l’Anses recommande «d’accélérer le développement de méthodologies d’évaluation des risques cumulés actuellement en cours au niveau européen, par une mobilisation accrue de la communauté scientifique». Ces méthodologies, qui visent à évaluer l’effet cocktail, pourraient être prises en compte lors de la fixation des LMR individuelles ou dans l’évaluation des dossiers d’autorisation des substances.



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