Alimentation: l’affichage environnemental se fait attendre

Le 05 mars 2012 par Stéphanie Senet
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Un premier référentiel pourrait voir le jour en avril prochain pour les produits alimentaires
Un premier référentiel pourrait voir le jour en avril prochain pour les produits alimentaires

Censé éclairer les consommateurs, l’affichage environnemental apparaît sur le papier comme une belle idée. Il se heurte néanmoins à de nombreux obstacles, comme l’a rappelé une conférence sur les produits alimentaires, organisée le 2 mars par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

L’affichage environnemental est attendu par les consommateurs. Dans l’Hexagone, 86% des citoyens y sont favorables pour les produits de grande consommation (1). 72% des Européens souhaitent même que l’étiquetage Carbone des produits devienne obligatoire (2). L’idée est de choisir les produits offrant le plus de services et ayant le moins d’impacts sur l’environnement, sur le modèle de l’étiquette Energie des produits électroménagers ou immobiliers.

La loi Grenelle I a officialisé le principe en décrétant que «les consommateurs doivent pouvoir disposer d'une information environnementale sincère, objective et complète, portant sur les caractéristiques globales du couple produit/emballage et se voir proposer des produits respectueux de l'environnement à des prix attractifs» (article 54).

Pour l’instant, l’affichage fait l’objet de travaux et de tests en tout genre au niveau international, mais sur le seul mode du volontariat. Le Royaume-Uni fait figure de pionner avec sa méthode de calcul PAS 2050, lancée dès 2008, pour évaluer les émissions de gaz à effet de serre des biens et des services. En France, le ministère de l’écologie a lancé, le 1er juillet dernier, une expérimentation d’un an avec 168 entreprises de différents secteurs dont celui de l’agroalimentaire (Picard, Biocoop, Casino, etc), co-pilotée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et l’Association française de normalisation (Afnor).

Deux conclusions se sont vite imposées. L’affichage devra reposer sur plusieurs indicateurs (approche multi-critères) et se baser sur le cycle de vie du produit (depuis le recours aux matières premières jusqu’à la gestion de ses déchets, emballages compris), selon un rapport publié par le Commissariat général au développement (CGDD) en janvier 2012. «L’affichage environnemental doit dépasser le simple étiquetage sur le produit. L’information doit se compléter dans les rayons et sur des sites internet dédiés», précise Philippe Rogier, du CGDD. Une base de données publique est en effet en cours de constitution par l’Ademe (voir JDLE).

L’Agence a d’autre part retenu une approche sectorielle: un référentiel transversal oriente la méthodologie de calcul (BP X30-323), lequel est complété par un référentiel par type de produit. 11 documents ont d’ores et déjà été adoptés, pour l’ameublement, les équipements de sport, les chaussures, les téléviseurs, ou les shampoings. Celui qui concerne l’alimentaire devrait l’être en avril 2012 (3).

Si le dispositif dédié aux produits alimentaires avance lentement, c’est en raison de 4 obstacles principaux.

L’affichage est tout d’abord complexe à réaliser. Si les émissions de gaz à effet de serre ou la consommation d’eau et d’énergie bénéficient déjà de nombreuses valeurs de référence, «l’indicateur concernant la biodiversité rencontre plus de difficultés», reconnaît Christine Cros, chef du département Eco-conception et consommation durable à l’Ademe. «L’impact sur la qualité du sol s’avère encore méconnu», note de son côté Hayo Van der Werf, chercheur à l’Inra à Rennes. Il fait actuellement l’objet d’une recherche approfondie à l’Institut, afin de préciser comment mesurer l’érosion du sol ou la perte de matière organique et d’en faire un indicateur à part entière.

Pour l’heure, les produits alimentaires concernés par l’opération devront afficher l’impact sur le changement climatique, sur l’eau (consommation et éco-toxicité) et sur la biodiversité, avec une bonne dose d’incertitude. Il faut aussi noter que le profil nutritionnel du produit a été exclu du champ de l’expérimentation.

Les critères d’analyse sont par ailleurs différents selon les producteurs, ce qui rend actuellement impossible toute comparaison. Nathalie Blériot, directrice des affaires scientifiques et réglementaires de Nestlé France le reconnaît elle-même: «En l’état actuel des travaux, on ne peut pas encore comparer les produits alimentaires». Selon elle, 60 entreprises se sont pour l’instant engagées dans une expérience, de façon collective (comme les producteurs de boissons rafraîchissantes) ou à titre individuel (comme Nestlé pour le café). Désormais, il faut encore, selon elle, construire des référentiels sectoriels pour les corps gras, le lait, le café, les eaux minérales, ou le vin…

Autre obstacle, peu de produits sont encore concernés par l’affichage, ce qui apporte peu de visibilité et de crédibilité au dispositif.

Enfin, l’expérimentation pâtit des limites liées au volontariat. Le distributeur britannique Tesco, qui a mis en place dès 2008 l’affichage environnemental de 500 références dans ses rayons (étiquetage CO2), est en train de le remettre en question, selon un article de l’hebdomadaire professionnel The Grocer. Il serait en effet trop compliqué de l’appliquer aux 70.000 références distribuées par le groupe. Compte tenu des difficultés de l’affichage, il serait utile de commencer par identifier les produits ayant le plus d’impact sur l’environnement.

 

(1) selon une enquête menée par Ipsos en 2010

(2) selon un euro-sondage réalisé en juillet 2009

(3) http://affichage-environnemental.afnor.org/

 



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