Alimentation infantile: les «16 salopards» de l’Anses

Le 28 septembre 2016 par Romain Loury
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80% d'enfants surexposés
80% d'enfants surexposés

Métaux lourds, PCB, mycotoxines, acrylamide… dans une étude publiée mercredi 28 septembre, l’Anses[i] a identifié 16 substances dont l’exposition alimentaire doit être réduite chez les enfants de moins de 3 ans, en raison de dépassements fréquents des valeurs toxicologies de référence (VTR).



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 

Plus de 670 substances analysées, dont environ 400 pour lesquelles le risque a pu être caractérisé: l’étude EATi, dont les résultats ont été dévoilés mercredi par l’Anses, est la plus importante jamais menée, au niveau mondial, sur l’exposition alimentaire des jeunes enfants aux contaminants chimiques. Bien que l’exposition à la plupart des contaminants se situe en-deçà des VTR, les résultats pour plusieurs d’entre eux ne sont guère rassurants.

80% d’enfants exposés

Selon l’Anses, 16 agents chimiques nécessitent en effet une réduction de l’exposition, et 9 sont même jugés préoccupants. Et pour cause: sur ces 9 agents chimiques, seuls 20% des enfants âgés d’au moins 7 mois ne présentent aucun dépassement de la VTR.

Ces neuf substances sont l’arsenic (riz, céréales infantiles), le plomb (légumes, eau), le nickel (produits à base de chocolat), les dioxines PCDD/F (lait, poisson), les PCB (poisson), les mycotoxines T-2 et HT-2 (préparations infantiles), l’acrylamide (petits pots à base de légumes, pommes de terre, biscuits), la mycotoxine déoxynivalénol (boissons lactées, petits pots à base de légumes ou de fruits, biscuits sucrés ou salés, pain), furane (petits pots, conserves).

Quant aux 7 autres substances, à savoir l’aluminium, le cobalt, le strontium, le méthylmercure, le sélénium, le cadmium et la génistéine (un phyto-estrogène présent dans le soja), le risque ne peut être écarté, note l’agence.

Diversifier l’alimentation… après six mois

Comme lors de la précédente grande étude d’exposition, l’EAT2 publié en juin 2011 (menée en population générale, hormis enfants de moins de 3 ans), l’Anses conseille, afin d’éviter toute surexposition, de diversifier le régime alimentaire et les sources d’approvisionnement.

Du moins à partir de 6 mois. Avant cela, pas question de diversification alimentaire: seul le lait maternel et les laits maternisés sont recommandés, comme l’indique le programme national nutrition santé (PNNS). «En quittant le régime strictement lacté, les enfants sont en effet plus exposés et à plus de substances», constate l’Anses.

C’est d’ailleurs l’un des points saillants de l’étude: les enfants de moins de 6 mois sont moins exposés aux substances chimiques que leurs aînés. Le résultat n’est qu’à moitié étonnant: l’allaitement maternel, qui prédomine chez les nourrissons, n’est pas pris en compte dans l’étude –qui n’a analysé que les produits mis sur le marché.

Menée en collaboration avec l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), une étude, dénommée CONTA-LAIT, est d’ailleurs en cours afin d’évaluer la contamination du lait maternel, dont les résultats viendront ultérieurement compléter ceux d’EATi.

Incertitude sur les perturbateurs endocriniens

Autre point de discussion, les perturbateurs endocriniens, dont les VTR sont fréquemment mises en cause. Et ce pour la raison simple qu’elles ne tiennent pas compte du phénomène de perturbation endocrinienne, à savoir une action biologique à de faibles doses. Dès lors, le risque peut-il vraiment être écarté lorsque l’exposition ne dépasse pas une VTR douteuse?

«Il sera important de creuser ce sujet plus avant, d’autant que les enfants de 0 à 3 ans sont plus vulnérables à ces substances», reconnaît Marion Hulin, coordinatrice d’EATi, auprès du JDLE. En pointe sur le sujet des perturbateurs endocriniens, l’Anses espère d’ailleurs aboutir à de nouvelles valeurs de référence, qui permettront de réévaluer ces résultats d’exposition, ajoute-t-elle.

Autre sujet critique, celui des effets cocktail, à savoir d’éventuels effets synergiques entre substances, notamment perturbateurs endocriniens. «Pour la première fois, nous avons essayé de regarder les co-expositions, mais c’est un travail encore préliminaire», explique Marion Hulin. EATi pourrait ainsi donner quelques idées de mélanges à évaluer, notamment dans l’étude COCTELL actuellement menée par l’Inserm[i] et l’Anses.

Au Danemark, prudence sur le riz

A l’exception des produits à base de soja, qu’il convient de «limiter» chez les moins de trois ans en raison de la génistéine, l’Anses évite prudemment de cibler des aliments particuliers. La question pourrait pourtant se poser pour le riz (chargé en arsenic), contre lequel l’Administration vétérinaire et alimentaire danoise (DVFA) s’est fendu d’une mise en garde en mai 2013, conseillant même d’éviter les gâteaux et les boissons à base de cette céréale.

«Avant cela, il nous faut acquérir des données complémentaires, de façon à publier des recommandations les plus pertinentes possibles», explique Marion Hulin. «Il nous faudrait mener une analyse des bénéfices et des risques, sans cela il est difficile de déconseiller [la consommation de riz, sur l’unique base d’EATi], car [ce produit] présente aussi des bénéfices nutritionnels dont il faut tenir compte», ajoute-t-elle.



[i] Institut national de la santé et de la recherche médicale

 



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