Alimentation: deux tiers des résidus de pesticides sont des perturbateurs endocriniens

Le 04 septembre 2018 par Marine Jobert
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Plus de résidus dans les produits bruts que transformés.
Plus de résidus dans les produits bruts que transformés.

Les deux tiers des pesticides détectés dans l’alimentation européenne sont des perturbateurs endocriniens (PE) présumés, a constaté Générations futures. Ce qui implique de réviser le paradigme toxicologique qui, aujourd’hui, écarte tout risque sanitaire de la présence de ces produits dans nos assiettes.

Ce n’est pas un scoop: notre nourriture, brute comme transformée, contient des résidus de pesticides de synthèse. Et ce, même lorsque les produits sont issus de l’agriculture biologique –mais à une fréquence bien moindre–, tant l’environnement (pluie, vent, sol) est imprégné de ces molécules. L’agence européenne de sécurité sanitaire (Efsa) publie, tous les ans, les résultats des analyses menées par chaque Etat membre sur des milliers de produits (nationaux, européens ou issus de pays tiers), censés «confirmer le niveau élevé de conformité des denrées alimentaires présentes dans les rayons dans l’Union». Plus de 96% des échantillons analysés en 2016 se situaient «dans les limites légales», notait l’Efsa, et environ 51% étaient exempts de tout résidu quantifiable.


Fumeuses LMR
L’an passé, parmi les quelque 20 millions de tests réalisés, 109.843 sont revenus positifs pour au moins un des 350 pesticides (sur les 791 molécules recherchées). Et c’est en étudiant en détail le type de pesticides détectés que Générations futures s’est rendu compte que les deux tiers d’entre eux (157) figuraient dans la plus vaste base de données  sur les perturbateurs endocriniens présumés –et pour l’heure, la seule base réellement robuste-. Certes, à des concentrations inférieures à celles autorisées par la réglementation (les ‘limites maximales de résidu’ -LMR). Mais, souligne François Veillerette, le porte-parole de l’association, «on ne peut pas réduire la perception de la présence de résidus de pesticides au simple respect, ou non, des LMR. Les perturbateurs endocriniens ne répondent pas forcément au principe généralement admis en toxicologie classique selon lequel la dose fait le poison, et qu’en dessous d’un certain seuil il n’y a aucun effet toxique.» Ce qui l’amène à conclure, à l’unisson de la communauté scientifique internationale, qu’«on ne peut prétendre qu’existe une dose sûre, sans effet, pour les PE. Dans ce cas-là, la notion de LMR n’a pas réellement de sens!».


Chacun responsable?
Ce rapport entend démontrer «la nécessité d’agir, tout particulièrement sur la question de l’exposition aux PE par voie alimentaire». Or l’association est très critique sur les critères d’identification des PE au plan européen, mais aussi sur la deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE 2), en cours d’élaboration. Principal grief: l’absence de mesures pour éviter l’exposition par le biais de l’alimentation (pesticides, nanoparticules), alors même qu’elle constitue l’une des principales sources de contamination par les PE. Cerise (bio) sur le gâteau: le document de travail insiste sur le fait que «chacun à son échelle peut devenir acteur de la réduction des expositions à ces substances». Ce qui revient, souligne l’association, à «faire peser la charge de la responsabilité sur les individus. Ce transfert de responsabilité est mal venu, d’autant plus que la contamination aux PE est généralisée, non maîtrisée et subie.»

Vous cherchez un herbicide de compétition pour tuer le mouron? Un herbicide du tonnerre réglerait vos affaires? Un insecticide intégral vous redonnerait le moral? Sur internet, et notamment sur le eBay britannique, vous trouverez votre bonheur. C’est ce qu’ont constaté –pour le déplorer– les producteurs de pesticides eux-mêmes, qui voient des jardiniers amateurs converger vers la toile pour y acheter des préparations pourtant réservées aux professionnels. Des produits ultra puissants, à manipuler après une formation adaptée.


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