Alimentation: des parlementaires veulent taxer les produits les moins durables

Le 28 mai 2020 par Stéphanie Senet
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Taxe soda, première d'une longue liste ?
Taxe soda, première d'une longue liste ?
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Dans un rapport adopté ce 28 mai, la délégation à la prospective du Sénat propose 20 mesures pour garantir la transition alimentaire des Français d’ici à 2050. Une transition exigée autant par la défense de l’environnement et du climat que par la santé.

A leur tour, les rapporteurs Françoise Cartron (Gironde, LREM) et Jean-Luc Fichet (Finistère, SRC) ont imaginé un monde -alimentaire- meilleur pour la France en 2050. Si leurs travaux ont été lancés il y a six mois, avant le début de l’épidémie de Covid-19, celle-ci a accentué la nécessité d’une politique publique musclée. «Nous avons identifié l’alimentation comme un problème sociétal majeur, au croisement d’enjeux environnementaux, de santé, d’inégalités sociales, de reterritorialisation et de revenus des agriculteurs», explique Françoise Cartron.

Autonomie protéique

Les parlementaires réclament tout d’abord un plan d’autonomie protéique tricolore et européen. Objectif: réduire les importations de soja destinées à l’alimentation animale. Ils demandent d’accroître la recherche sur des semences plus performantes de protéagineux et d’encourager les projets alimentaires et agricoles territoriaux. Des projets prévus par la loi agricole du 13 octobre 2014, qui pêchent souvent par manque de financements.

Les légumineuses le valent bien

Deuxième objectif: encourager l’essor des légumineuses pour accélérer la transition agro-écologique. Au menu: campagnes de promotion pour revaloriser leur image, aides publiques et réorientation des aides de la PAC[1], soutiens des investissements dans les semences les plus résistantes aux aléas, plus grande diversité des espèces cultivées recomposition géographique. Sans oublier d’inciter les consommateurs à manger moins de viande mais mieux. «Aujourd’hui, chaque Français en consomme en moyenne 4 kilogrammes par an. On pourrait atteindre 11 kg», résume Française Cartron.

Ce qui n’est pas gagné. Si une stratégie nationale sur les protéines végétales est déjà dans les tuyaux, elle peine à sortir. Attendue à l’automne dernier au ministère de l’agriculture, elle est reportée -au mieux- à l’automne prochain.

Bon et pas cher

Si ces solutions sont déjà connues, le rapport s’avère plus innovant pour lutter contre les inégalités sociales à l’œuvre en matière alimentaire. Il propose de réduire le prix des produits alimentaires durables. Comment ? En multipliant les taxes sur les produits les moins bons au plan nutritionnel, comme la taxe soda, qui financeraient un chèque «alimentation saine»[2] pour les personnes les plus précaires.

Autre projet: faire le tri dans les produits vendus. Quitte à obliger les industriels à reformuler certaines recettes pour réduire sel, sucre et graisses saturées. A réduire l’offre de snacking dans les distributeurs automatiques et à interdire les produits relevant d’un Nutriscore D ou E des promotions des grandes surfaces. Des idées qui devraient trouver un écho à Bruxelles, puisque la stratégie «De la fourche à la fourchette» publiée le 20 mai mise sur l’étiquetage pour faire bouger les pratiques alimentaires.

Bon pour la santé, bon pour le climat

Cet opus préconise enfin un plan national de lutte contre la dénutrition des personnes âgées et précaires, une meilleure information des pratiques alimentaires sources d’obésité et un effort accru de recherche sur les effets sanitaires des résidus de pesticides et des additifs alimentaires. Avec le même souci de sensibiliser la population sur les effets de l’alimentation à la fois sur la santé, l’environnement et le climat.



[1] Politique agricole commune

[2] sur le modèle du chèque énergie