Algues vertes: les mesures préventives se font attendre

Le 20 juillet 2010 par Sabine Casalonga
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Un an après l’engagement de l’Etat contre les marées vertes bretonnes, les ministres de l’agriculture, Bruno Le Maire et la secrétaire d’Etat à l’écologie, Chantal Jouanno, se sont rendus hier dans les Côtes d’Armor pour dresser un bilan du plan Algues Vertes. Côté ramassage et traitement, les progrès font l’unanimité, mais l’insuffisance du volet préventif est critiquée par les ONG.

N’y aurait-il plus d’algues vertes en Bretagne? C’est ce qu’on aurait pu croire en arrivant hier sur la plage ensoleillée de Binic, près de St-Brieuc, pour le rendez-vous donné à la presse par les deux ministres. La plage avait en effet été nettoyée le matin même. Le plan Algues vertes avait été présenté en février dernier (voir le JDLE) suite à l’engagement du Premier ministre en août 2009 (voir le JDLE).

Si le volume des algues est effectivement moins élevé que l’an passé, probablement en raison de facteurs climatiques, le nombre de plages touchées s’étend (en Vendée et dans le Morbihan notamment) et une plage a été fermée la semaine dernière dans le Finistère.

Le plan Algues vertes fixe l’objectif d’une baisse de 30 à 40% des flux de nitrate d’ici 2015 dans les 8 baies concernées, comme prévu au titre du Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE). Il comprend trois axes : l’amélioration des connaissances, les actions curatives (amélioration du ramassage et du traitement des algues) et les actions préventives (amélioration des traitements des eaux usées, changement de pratiques agricoles, aménagement du territoire). Son budget s’élève à 134 millions € sur la période 2010-2014, dont 94 millions pris en charge par l’Etat.

C’est sur le premier volet que le gouvernement a mis l’accent en priorité. Le ramassage quotidien des algues, conformément aux recommandations sanitaires de l’Anses (voir le JDLE), est en passe d’être réalisé, grâce à une aide de l’Etat aux communes de 700.000 €/an. Le montant a toutefois été jugé insuffisant par des collectivités qui ont lancé des procédures d’indemnisation en justice. En 2009, le coût du ramassage se serait élevé à 1,5 M € et celui de l’élimination à 2,7 M €.

Le traitement sécurisé des algues, jusqu’à présent séchées à l’air libre ou directement épandues sur les champs, est également en bonne voie.  Une nouvelle plate-forme de compostage,   capable de traiter 20.000 tonnes par an et financée à 80% par l’Ademe (sur 3,6 millions €), a été inaugurée hier à Launay Lantic. Deux autres projets dans les Côtes d’Armor et le Finistère sont également dans les tuyaux. L’objectif ? «  Composter 50% des algues vertes d’algues en 2010 et 100% en 2011 » a affirmé Chantal Jouanno.

Plusieurs associations environnementales (1) dont Eaux et Rivières de Bretagne ont cependant boycotté l’inauguration de l’usine de traitement, jugée « indécente » en cette période de crise, où tous les budgets publics sont réduits, et révélatrice de l’échec de la politique de l’eau.

La critique est identique pour les projets de méthanisation du lisier de porcs, dont le développement a été présenté comme une priorité par le ministre de l’agriculture. «  Nous avons un retard sur nos voisins européens, notamment l’Allemagne qui dispose de près de 75.000 installations » a indiqué Bruno Le Maire. Des appels à projets seront lancés prochainement par l’Ademe (subvention de 30%) pour faire émerger une vingtaine de sites dans la région.

Plus globalement, les ONG déplorent que la priorité soit donnée au volet curatif, au détriment du préventif, c'est-à-dire d’une réelle transformation des systèmes agricoles.  D’où leur opposition à l’amendement Le Fur sur le regroupement des élevages porcins [amendé par le gouvernement, ndlr] (voir le JDLE) qui «  va affaiblir la capacité de l’Etat à réguler et prévenir la pression polluante des élevages intensifs ». La secrétaire d’Etat à l’écologie a fait valoir qu’il s’agissait   d’une mesure de «  simplification [administrative] et non pas d’un assouplissement [de la réglementation] ». Le décret de mise en œuvre sera soumis à l’avis du comité scientifique Algues vertes.

Quant au volet préventif, sa mise en œuvre devrait démarrer dès 2011 dans les baies pilotes de Lannion et de St-Brieuc, suite au lancement de l’appel à projets « territoires à basses fuites d’azote » d’ici la fin juillet. Il s’agira de développer les surfaces en herbe, les cultures fourragères pérennes et la reconquête des espaces naturels. Le montant dédié à ce volet serait au final plus important que celui du volet curatif (34 contre 14 millions €), selon le Meeddm.

Mais la disparation des algues vertes ne semble pas encore pour demain. Le comité scientifique du plan Algues vertes, placé auprès de la préfecture de Bretagne, se montre très pessimiste. Dans son avis remis fin juin, il note qu’ « en l’absence d’une prise en compte ambitieuse de ces deux points [niveaux de pollution azotée en entrée et en sortie des bassins versants], le plan semble voué d’emblée à l’échec dans son objectif 2015». Il souligne la nécessité d’une « révision en profondeur des systèmes de production » et « d'un seuil de l’ordre de 5 à 10 mg NO3/L maximum [taux de nitrates dans les cours d'eau] de mars à septembre pour qu’une réduction sensible des marées d’algues soit observée ».

Chantal Jouanno souhaite que l’objectif de 10 mg/L de nitrates dans les cours d'eau soit atteint « pas dans 5 ans, mais à terme ». Les agriculteurs qui appellent à plus de soutien de l’Etat, jugent de leur côté qu’un tel objectif menacerait leur survie. En dépit des appels à enterrer la hache de la « guerre du porc », les différends idéologiques demeurent.

(1)    Halte aux marées vertes, Côtes d’Armor Nature Environnement, Bretagne Vivante, de la Source à la mer, Sauvegarde du Trégor



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