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Alerte sur les émissions de mercure des producteurs de chlore

Le 06 février 2009 par Sonia Pignet
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Durant le troisième trimestre 2008, France nature environnement a mené une campagne de mesures des teneurs en mercure sur des sites français de production de chlore. Les résultats, présentés jeudi 5 février, font état de teneurs anormalement élevées sur 2 des 4 sites étudiés.

C’est dans le cadre d’une campagne européenne sur le mercure que FNE a réalisé, à la demande du Bureau européen de l’environnement (BEE), des relevés de teneurs de mercure chez des industriels producteurs de chlore. Pourquoi eux? Parce que certains utilisent encore la technologie d’électrolyse à cathode de mercure pour transformer le chlorure de sodium (ou de potassium) en chlore (55% du chlore en France est produit via ce procédé). Or cette technologie est émettrice de mercure et le BEE a constaté que «ces émissions étaient parfois sous-déclarées», a indiqué Elena Lymberidi, chargée de mission et coordinatrice au niveau européen des travaux de la campagne Zero Mercury, lors d’une conférence de présentation du rapport.

Marc Sénant, chargé de mission au pôle Industrie-produits-service de FNE, est donc parti sur le terrain pour réaliser ces mesures, avec l’aide de Reinhold Moeseler, consultant pour More Analytics et spécialiste de l’instrumentation analytique européenne à Berlin. En France, 6 sites continuent d’utiliser le procédé d’électrolyse à cathode de mercure; en août et septembre 2008, les deux hommes ont fait des relevés sur 4 d’entre eux. Résultat: ils ont noté des pics d’émissions particulièrement élevés sur 2 de ces sites.

S’il n’existe pas de seuil réglementaire en ce qui concerne le mercure dans l’air ambiant (au-dessus duquel on estime faire courir un risque à la population), la littérature scientifique fixe cependant des valeurs. Selon l’OMS, le seuil de risque pour la santé est de 1.000 nanogrammes par mètre cube (ng/m3). Aux Etats-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) et l’Agence d’enregistrement des substances toxiques et des intoxications (ATSDR) ont défini des seuils respectivement à 300 et 200 ng/m3. Or, à l’usine d’Arkema de Jarrie (Isère), la valeur maximale relevée par FNE est de 20.761 ng/m3 d’air. Elle est de 1.359 ng/m3 sur le site de la SPCH, la Société des produits chimiques d’Harbonnières (Somme). «Nos mesures sont des mesures ponctuelles, à un endroit donné, qui ne prétendent pas être une évaluation environnementale scientifiquement approfondie», a souligné Marc Sénant. C’est donc bien plus en tant que donneur d’alerte que FNE a agi.

Le ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire (Meeddat) a souligné dans un communiqué «l’importance du travail de collecte d’informations ainsi réalisé», même si les émissions industrielles provenant de l’industrie chimique de fabrication du chlore ne représentent que 8% du total des émissions nationales. Chez Arkema, particulièrement mis en cause dans ce rapport, on «s’étonne des résultats», indique le chimiste dans un communiqué. «Le résultat est en contradiction avec le suivi régulier de la teneur en mercure de l’atmosphère effectué par l’usine et avec les valeurs relevées par l’Ascoparg, le réseau local de suivi de la qualité de l’air». Même son de cloche chez SPCH: «Je ne comprends pas les chiffres de FNE, répond le PDG de l’entreprise, Jean-Marie Mercier. Nous faisons des investigations tous les mois, y compris sur les végétaux aux alentours, elles n’ont jamais démontré autre chose qu’un impact quasi nul de nos activités sur l’environnement».

Ce qui irrite notamment FNE, c’est qu’il existe des alternatives au mercure pour la production de chlore, mais que l’Etat français n’incite pas les industriels à les utiliser. En 1997, il a en effet modifié l’arrêt ministériel de 1998 relatif aux émissions des installations classées soumises à autorisation, et reporté de 10 ans la suppression des cellules à mercure dans l’industrie du chlore. Les industriels ont désormais jusqu’au 31 décembre 2019 pour convertir leurs procédés, même s’ils doivent continuer à diminuer leurs émissions d’ici là. Qui plus est, ces technologies sans mercure (l’électrolyse à membrane et à diaphragme) sont moins énergivores. «Selon les Bref (documents référençant les meilleures techniques disponibles) de la directive IPPC, la technologie membranaire permet une économie d’énergie de 30%», explique Marc Sénant.

Ces technologies remplacent peu à peu l’ancienne, mais les investissements sont très lourds. Malgré tout, certains industriels ont décidé de franchir le pas, comme Solvay, dont le site de Tavaux (Jura) a été étudié par FNE. Le groupe a annoncé en septembre dernier qu’il allait convertir d’ici 2011 l’une de ses deux salles encore au mercure à l’électrolyse à membrane (1). Coût de l’investissement: 55 millions d’euros. «Ce n’est pas un investissement rentable. Mais l’économie d’énergie amoindrit la douleur», explique Olivier Monfort, directeur général de Solvay France. Solvay estime que les économies d’électricité réalisées sont de l’ordre de 20% (et non de 30), car la soude est moins concentrée à l’issue de l’opération et il faut donc la reconcentrer.

Pour SPCH, les diaphragmes ne sont pas une bonne solution et les membranes disponibles ne sont pas encore assez performantes pour leur particularité: la fabrication de chlore à partir de chlorure de potassium et non de sodium. «Dans quelques années, il y aura certainement des membranes adaptées, mais pour l’instant, c’est trop tôt», estime Jean-Marie Mercier.
Chez Arkema, si l’augmentation de capacités de production de chlore se fait bien sans mercure (comme l’exige la réglementation), «on ne peut pas tout faire d’un coup», indique Jacques Badaroux, responsable Communication institutionnelle. «Non seulement c’est onéreux, mais le démantèlement prend énormément de temps», indique-t-il. D’ailleurs, selon lui, «les études faites par nos spécialistes en électrolyse montrent que le gain énergétique n’est pas si important». Pour l’heure, une conversion bien avant 2020 n’est pas programmée.

Dans son communiqué, Arkema se dit par contre favorable à la réalisation d’une campagne de prélèvements, sous le contrôle de la Drire. «Chantal Jouanno a demandé au préfet de l’Isère de réunir un comité de pilotage dès la semaine prochaine, afin que cette campagne ait lieu sans attendre», a réagi jeudi soir le Meeddat.

Avec ce rapport, FNE aura fait d’une pierre deux coups: alerter les pouvoirs publics sur un problème environnemental (sa mission) et se faire connaître mieux (son ambition, à l’occasion du lancement de sa campagne de publicité).

(1) Voir le communiqué de Solvay


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