Alerte à l’acrylamide pour les bébés européens?

Le 01 novembre 2012 par Romain Loury
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Même faites à la maison, les frites peuvent être toxiques pour les futurs bébés.
Même faites à la maison, les frites peuvent être toxiques pour les futurs bébés.

L’acrylamide est lié à une baisse du poids de naissance et du périmètre crânien chez les nouveau-nés, facteurs de risque de maladies chroniques et de retards mentaux à l’âge adulte, selon une grande étude européenne publiée dans la revue Environmental Health Perspectives.

Formé lors de la cuisson des aliments riches en amidon, l’acrylamide est particulièrement présent dans les frites, les pommes de terre sautées, les chips, les biscuits, les céréales et le café. Non seulement cancérogène probable pour l’homme (groupe 2B du Centre international de recherche sur le cancer, Circ), il est considéré comme génotoxique et neurotoxique.

Dans leur étude menée sur 1.101 nouveau-nés européens (Danemark, Espagne, Grèce, Norvège et Royaume-Uni), les chercheurs du consortium NewGeneris suggèrent pour la première fois chez l’homme son effet délétère en cas d’exposition élevée in utero.

Déjà démontrés chez la souris, ces résultats révèlent un effet aussi marqué que celui du tabagisme -également source d’acrylamide- pendant la grossesse. Selon l’analyse des complexes acrylamide/hémoglobine, utilisés comme marqueur dans le sang du cordon, les nouveau-nés les plus exposés pèsent 132 grammes de moins que ceux qui le sont le moins. Même effet sur le périmètre crânien, réduit de 0,33 centimètres chez les enfants les plus exposés.

Au vu des divers calculs effectués par les chercheurs, cette association ne semble en rien le fruit du hasard ou d’un biais de confusion: elle est observée dans chaque pays analysé séparément, aussi bien chez les mères non fumeuses que chez celles ayant accouché à terme. Et surtout, elle persiste après prise en compte du régime et de l’indice de masse corporelle (IMC): l’acrylamide n’est donc pas le simple reflet d’une hygiène alimentaire globale.

«En termes de santé publique, les implications de ces résultats sont considérables: (…) un moindre périmètre crânien est lié à un retard du développement neurologique. Quant au faible poids de naissance, il a été associé à de nombreux troubles à l’âge adulte, comme une petite taille, le risque cardiovasculaire, le diabète de type 2 [non insulinodépendant, ndlr] et l’ostéoporose», rappellent les chercheurs.

Si ces résultats venaient à être confirmés, il faudrait conseiller aux femmes enceintes d’éviter les aliments les plus imprégnés d’acrylamide, mais aussi tenter d’améliorer les méthodes de production des aliments. Ce que la Commission européenne a recommandé en 2007 aux Etats membres de l’UE, sans grand succès selon un récent rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). La teneur dans les aliments n’a globalement pas diminué entre 2007 et 2010, révèle ce rapport annuel sur l’acrylamide, publié le 23 octobre par l’Efsa. Certains aliments montrent même une hausse, comme les biscottes, le café et les frites. A l’inverse, la teneur a diminué dans les céréales pour enfants, les biscuits et les snacks non à base de pommes de terre.

Ces tendances contrastent avec celles observées en France lors de la deuxième Enquête sur l’alimentation totale (EAT2), publiée en juin 2011. Selon ces résultats, l’exposition aurait diminué de 14% chez les adultes depuis 2005, de 45% chez les enfants. Des résultats plutôt positifs, «mais qui ne permettent pas d’écarter un risque pour certains groupes de consommateurs», juge l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses).



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