Alcool modéré: des bénéfices sanitaires en trompe-l’œil?

Le 24 juillet 2013 par Romain Loury
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Les abstinents ont moins de problèmes de santé que ceux qui boivent, même peu.
Les abstinents ont moins de problèmes de santé que ceux qui boivent, même peu.
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Une étude américaine remet en cause l’idée selon laquelle les personnes consommant de l’alcool de manière modérée auraient un moindre risque de mortalité que les abstinents en raison d’un effet protecteur à petite dose.

 

Si la mortalité liée à une surconsommation quotidienne d’alcool n’est plus à démontrer, plusieurs études ont mis en évidence l’inverse: les personnes abstinentes présenteraient, dans leur ensemble, plus de risques de décéder que celles en buvant de manière raisonnable, par exemple moins d’un verre par jour en moyenne. Une surmortalité toutefois légère, bien en deçà de celle des alcooliques.

 

Cet éventuel effet protecteur de l’alcool à faible dose pourrait s’expliquer par son effet relaxant, voire par un effet préventif contre les maladies cardiovasculaires. Une hypothèse controversée à laquelle Richard Rogers, de l’université du Colorado à Boulder, et ses collègues ne croient manifestement pas, au terme de leur étude publiée dans la revue Population Research and Policy Review.

 

Selon eux, cette protection apparente pourrait s’expliquer par un tout autre phénomène, celui d’un biais statistique: «Parmi les abstinents, il existe toutes sortes de raisons pour ne pas boire. Nous voulions explorer ces différentes raisons, car il n’est pas vraiment informatif d’étudier les abstinents en tant que groupe unifié», explique Richard Rogers dans un communiqué de l’université.

Parmi ces soi-disant abstinents, les anciens buveurs qui ont renoncé à l’alcool parce qu’ils se considèrent alcooliques ou afin de s’éviter des problèmes de santé. Chez ceux-ci, le risque de mortalité est ainsi supérieur de 38% à celui de personnes consommant de l’alcool de manière modérée. Quant aux «abstinents de toujours», ceux dont la religion interdit l’alcool ou qui évoquent des responsabilités familiales, leur risque de mortalité ne diffère pas de celui observé chez les légers consommateurs d’alcool.

 

Sans être d’anciens alcooliques, un autre groupe d’abstinents, composé de personnes qui disent en détester le goût, présente un risque de 17% plus élevé que les buveurs raisonnables. L’éventuel effet protecteur de l’alcool est loin d’être prouvé, persistent toutefois les chercheurs: pris dans leur ensemble, les abstinents appartiennent en général à des classes socio-économiques moins élevées, un facteur de surmortalité en lui-même.

 

«L’idée que le fait de boire de l’alcool serait en partie bénéfique pour la santé paraît exagérée. Il y a probablement d’autres facteurs qui expliquent la moindre mortalité observée chez les buveurs légers», commente Richard Rogers.

 

 

 



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