Alcool, cannabis, médicaments: un sujet tabou dans les entreprises

Le 01 mars 2006 par Ludivine Hamy
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L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) estime qu’à l’échelle nationale, l’alcool serait à l’origine de 15 à 20% des accidents professionnels, de l’absentéisme et des conflits au travail (1).

L’étude de l’Inserm n’est pas la seule à quantifier le problème de l’alcool au travail. Des enquêtes de la médecine du travail indiquent que 8 à 10% des salariés issus de toutes les branches professionnelles sont concernés par une consommation problématique d’alcool. De même, l’agence de conseil Restim, spécialisée en alcoologie et addictologie d’entreprise, affirme que les dépenses annuelles des entreprises pour payer les coûts cachés occasionnés par les addictions des salariés à l’alcool et autres substances représentent 1,25% de la masse salariale globale, charges comprises (2).

Des chiffres inquiétants sur lesquels l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) veut faire réfléchir les salariés et les dirigeants d’entreprise. Et l’alcool n’est qu’un aspect du problème. Même si les études permettant d’évaluer le coût de la consommation de cannabis ou de produits psychoactifs sont encore rares, les médecins du travail et les acteurs de la santé en entreprise se disent préoccupés de l’usage croissant de ces substances.

Selon Christine Quélier, responsable de l’étude Anpaa menée auprès des PME-PMI de Bretagne, «la consommation de cannabis apparaît comme un problème nouveau qui pourrait se révéler important dans les prochaines années.»
D’autant que le phénomène d’addiction est général et touche tous les salariés dans toutes les entreprises. Une étude menée par l’Anpaa auprès de PME-PMI de Midi-Pyrénées révèle ainsi qu’il n’y a pas de différence significative quant à la consommation d’alcool du fait de l’environnement rural ou urbain de l’entreprise, de la taille de l’effectif ou de son appartenance au secteur public ou privé. De même, la consommation d’alcool et de produits psychoactifs touche aussi bien les ouvriers que les cadres, les personnels occupant des postes à responsabilité étant les moins disposés à prendre conscience de leur propre consommation.
Or, les conséquences de l’addiction sur le travail sont multiples (agressivité, violence, problèmes relationnels avec les clients, etc.) et peuvent avoir de lourdes conséquences (accidents, arrêts de travail, baisse de la productivité, etc.).

Malgré ce constat alarmant, les dirigeants et salariés affichent souvent une passivité coupable. «Il y a un non-dit par rapport à l’alcool et c’est général, tout le monde y souscrit», témoigne un médecin du travail. Ainsi, 67% des dirigeants et 56% des salariés interrogés déclarent que «trinquer» participe à la bonne ambiance générale de leur établissement. De même, pour 35% des dirigeants et 25% des salariés interrogés, la consommation d’alcool fait partie de leur culture d’entreprise. Du coup, le plus souvent, les patrons ne s’inquiètent de l’alcoolisme d’un de leurs salariés que quand cela pose un problème avec la clientèle. Le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et le médecin du travail ne sont que très rarement sollicités.

Toutefois, les mentalités sont en train d’évoluer. Comme le souligne une étude de l’Observatoire social de Lyon (3), «l’aggravation constante depuis trente ans des sanctions à l’égard des conducteurs en état d’alcoolémie positive a pu faire prendre conscience du risque général lié à l’alcoolisation. Le thème de la responsabilité juridique est renforcé depuis plusieurs années dans les propos des hiérarchiques et des médecins du travail. Le Code pénal reconnaît désormais (depuis 1991) la notion de “mise en danger de la vie d’autrui“.» Autant d’éléments qui expliquent que de plus en plus de chefs d’entreprises (49%) et de salariés (52%) se déclarent prêts à être formés. Pour répondre à cette demande, l’Anpaa propose des sessions de formation et de sensibilisation «afin de permettre aux salariés de remettre en cause leurs points de vue à l’égard des processus de dépendance». Et pour que le dialogue puisse faire sauter les tabous, l’association vient de créer un forum de discussion ouvert «à tous les acteurs de l'entreprise (salariés, personnels d'encadrement, chefs d'entreprise, médecins du travail, organisations professionnelles) pour libérer la parole, partager les points de vue et les expériences et échanger les bonnes pratiques en la matière.» (4)

(1) Inserm, Alcool, dommages sociaux, abus et dépendance, 2003.
(2) In Stratégies, 24 février 2005.
(3) Alcool et travail, une enquête auprès d’entreprises de la région Rhône-Alpes, 2001
(4) www.anpaa.asso.fr/addictions-travail


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