Albemarle: quand le passé industriel refait surface

Le 28 avril 2006 par Christine Sévillano
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Alors que la grogne sociale monte sur le site chimique d’Albemarle dans le Haut-Rhin en raison d’une probable fermeture, une pollution au mercure a été détectée à proximité. Elle ne semble pas due à un acte de malveillance ou à une mauvaise gestion, mais à la résurgence de pollutions anciennes .

La préfecture du Haut-Rhin a signifié dans un communiqué de presse au début du mois d'avril l'interdiction de la pêche dans l'Ill et ses diffluences dont la Thur, en raison des fortes concentrations en mercure découvertes dans les poissons pêchés dans ces cours d'eau. Les teneurs sont en effet supérieures à 0,5 milligramme par kilogramme (mg/kg) de chair fraîche de poisson. La Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire) d'Alsace est chargée de coordonner les services de l'Etat afin de retrouver les sources de cette pollution qui sévit depuis l'été dans les cours d'eau en amont. Elles peuvent être industrielles, qu'il s'agisse d'activités passées ou présentes, mais aussi domestiques, puisque les stations d'épuration en rejettent. Selon les autorités, la source la plus probable serait le site chimique d'Albemarle à Thann, qui fait actuellement parler de lui en raison d'une éventuelle fermeture (1). Il ne s'agirait pas pour autant d'une acte de malveillance ou une mauvaise gestion de l'exploitant. Cette usine utilise du mercure liquide dans son processus de fabrication du chlore, depuis les années 1930, époque à laquelle l'impact sur l'environnement n'était pas une priorité. En outre, le mercure s'est plus facilement répandu dans le sol à cause des divers bombardements que la région a connus lors de la Seconde guerre mondiale. L'usine a utilisé dans les années 1970 jusqu'à une tonne de mercure par an, ce qui a provoqué une importante pollution des cours d'eau et même atteint le Rhin. A la suite de cet incident, une première action de maîtrise des rejets a été mise en oeuvre, puis une seconde dans les années 1990 avec l'installation d'une station de démercurisation, qui permet le traitement de 98% des effluents du site.

Pourtant, il semble que la pollution actuelle soit le résultat d'une combinaison entre les rejets passés et présents. «Nous assistons à un phénomène de relarguage de pollution ancienne, qui ne nous est pas étranger puisque les autorités ont déjà eu à y faire face dans d'autres régions. Mais nous n'avons aucun retour d'expérience avec une pollution d'une telle ampleur et sur ce type de substance», explique Pierre Bois, chef du service régional de l'environnement industriel de la Drire Alsace. Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine de la résurgence des pollutions anciennes, tel que le pH de la rivière: une montée d'acidité peut remobiliser les sédiments pollués déposés dans le cours d'eau. De même le débit, quand il accuse une hausse, peut entraîner un lessivage des parois du cours d'eau avec une remise en suspension des matières polluées. La pluie peut également être un facteur de collecte des polluants par un lessivage du sol de l'usine et un transport vers le cours d'eau. Il faudra aussi quantifier les retombées des rejets atmosphériques de mercure dans les cours d'eau. «Même si ces paramètres sont à prendre en compte, on ne connaît pas encore leur corrélation exacte», poursuit Pierre Bois. Outre la mesure d'urgence d'interdiction de la pêche, aucune action ne devrait être menée avant l'été étant donné le nombre d'informations que collectent les autorités.

 «Il peut s'agir d'une pollution ponctuelle, mais également d'une pollution diffuse où il est difficile d'identifier les sources; la solution à mettre en oeuvre sera alors plus complexe», conclut-il. La responsabilité de l'exploitant pourrait être reconnue s'il apparaît que le site est la cause de la pollution. Un arrêté préfectoral indiquera alors quelles mesures de dépollution des terres souillées mettre en oeuvre . Encore faut-il que l'exploitant, un groupe américain, assume ses responsabilités, notamment de remise en état du site s'il le ferme, et qu'il ne se mette pas en échec, laissant un site à responsable défaillant de plus.



(1) Les syndicats ont annoncé le 20 avril que la direction leur avait communiqué l'intention de fermer le site.




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