Airparif respirera les pesticides pendant un an

Le 23 août 2013 par Marine Jobert
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Les pesticides, des champ au placard des particuliers.
Les pesticides, des champ au placard des particuliers.

Presque la moitié du territoire francilien est consacrée à l’agriculture. Pas étonnant qu’on y trouve des pesticides dans l’air, puisque quantité sont très volatiles ou persistants. Les particuliers sont également de gros utilisateurs de produits pesticides. Un cocktail chimique ignoré par la réglementation sanitaire, mais respiré à pleins poumons par les urbains et les ruraux.

Depuis le 12 août, deux stations de mesures de la qualité de l’air –l’une située en plein cœur de Paris, l’autre dans un champ au sud de l’Ile-de-France- sont chargées de mesurer la concentration de près d’une centaine de produits pesticides présents dans l’air francilien. Une campagne de mesures qui va durer une année pleine, «afin de tenir compte des périodes de traitement agricole[1], des différences de concentration en fonction des variations climatiques et des changements d’usage espérés suite au plan national Eco-phyto 2008-2018», explique Amélie Fritz, ingénieure à Airparif, au Journal de l’environnement.

 

L’Ile-de-France, à moitié agricole

Une première campagne exploratoire menée par Airparif, en 2006, avait déjà éclairé la question. Avec plus de 5.200 analyses menées sur 5 sites, à la recherche de 80 pesticides, une trentaine de produits avaient été détectés en milieu rural et une vingtaine dans l’agglomération parisienne. D’après le bureau d'études en aménagement et urbanisme du conseil régional d'Ile-de-France, le volume de pesticides employés dans la région en 2006, tous usages confondus, était estimé à près de 3.200 tonnes par an, dont 90% d’origine Agricole. De 25% à 75% de ces produits -qu’ils soient utilisés par les agriculteurs, les particuliers ou les collectivités- se retrouvent dans l’atmosphère.

 

Les particuliers très exposés… chez eux

Les résultats de 2006 seront comparés à ceux en passe d’être collectés, auxquels s’ajouteront les nouveaux pesticides recherchés. «Car de nouveaux produits sont arrivés sur le marché depuis 2006», rappelle Amélie Fritz. Hors contexte agricole, ce n’est pas l’entretien des espaces verts qui serait le plus émetteur de produits phytosanitaires. «Beaucoup de particuliers ignorent qu’ils ont des pesticides dans leur placard», souligne-t-elle encore. Nos fameux placards abritent souvent des produits de traitement du jardin (44,5% des produits), d’entretien ménager (33%) et des antiparasitaires pour le logement (15%). Viennent ensuite les produits d’entretien des bois et textiles, pour le soin des animaux domestiques et le traitement des plantes d’intérieur (7,3%). Ces produits sont stockés majoritairement dans les garages pour un tiers d’entre eux, mais aussi dans les cuisines (21%) et les chaufferies/buanderies (18%), détaille Airparif dans un bulletin consacré à la campagne de mesures de 2006.

 

Fardeau sanitaire des pesticides

Aucune réglementation n’oblige l’association chargée de la surveillance de la qualité de l’air de la capitale et de ses alentours à réaliser de telles mesures. D’autres associations régionales en Picardie ou dans la région de Poitiers se sont déjà lancées. Car les preuves des effets sanitaires des traitements agricoles et des produits domestiques s’accumulent. S’il n’existe pas de recueil systématique et exhaustif des pesticides présents dans l’air extérieur, notait en juin l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dans une méta-analyse consacrée aux expositions aux pesticides, l’exposition à proximité des lieux d’épandage est néanmoins considérée comme «non négligeable», avec une variabilité saisonnière (plus faible en hiver, et plus forte au printemps et en arrière-saison). Combien sont-ils à être ainsi exposés quotidiennement, lors d’activités et usages domestiques, ou dans le cadre d’une exposition environnementale (résidence au voisinage de zones traitées par des pesticides, contamination du sol, de l’air extérieur et à l’intérieur de la résidence) et de l’alimentation? L’Inserm se garde bien d’avancer un quelconque chiffre. Mais leur nombre «est sans conteste plus important encore» que celui de la population professionnelle. «Ces données vont servir à des études épidémiologiques», assure Amélie Friz.

 

 


[1] La surface agricole utilisée représente 48% du territoire régional, avec les céréales qui occupent les deux tiers des surfaces cultivées.

 

 

 



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